Daniel Thiery

Montjustin

 

MONTJUSTIN

 

Faisait partie du diocèse d’Aix et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Reillanne. Cette commune est limitrophe au nord de celle de Reillane, à l’ouest de celle de Montfuron, dans le même contexte de terrain. Elle compte un peu plus de 1000 hectares de territoire qui n’a jamais pu accueillir plus de 500 habitants, 480 en 1315, 85 en 1471, 216 en 1766, 145 en 1851 et 51 en 1962 (Atlas, p. 186). Le chemin de Pertuis à Forcalquier rencontré à Montfuron passe également sur la commune, à Montjustin même et rejoignait Céreste et la voie domitienne. Mais d’après le cadastre de 1833, il est appelé chemin de Céreste à Manosque. Ce chemin est dit via publica en 1053 (voir Saint-Roman). Malgré la petitesse du terroir celui-ci a livré de nombreux sites de la période gallo-romaine, dont celui du village qui a accueilli un oppidum du Bas-Empire et qui a livré une dizaine d’inscriptions (CAG, p. 308). C’est en 1022 qu’apparaît Mons Justinus (Atlas, p. 186 et GCN, III, col. 146). Au cours des XIe et XIIe siècles, sont citées cinq églises, Sainte-Marie, Saint-Roman, Saint-Laurent, Saint Maurice (ou Maurin) et Sainte-Croix. L’église Sainte-Marie est l’église du castrum et on la connaît aujourd’hui sous l’appellation Notre-Dame des Neiges. Elle est citée en 1175 et 1186, apud Montem Justinum, ecclesia Sancte Marie (GCN I, Inst. XII, col. 4 et XIV, col 18). Elle avait été démolie en 1589 en même temps que les maisons du village par le duc de Valette qui avait occis tous les habitants. Entièrement reconstruite, elle est aujourd’hui en ruine.

 

284. Prieuré Saint-Roman

 

C’est le plus anciennement cité car apparaissant au mois d’avril 1053 dans une charte du cartulaire de Saint-Victor intitulée carta de Monte Justino (CSV II, n° 1071, p. 540). Plusieurs personnages font dons de vignes lesquelles sont situées dans le comté d’Aix, dans le territoire de Mont Justin, entre les églises de Sainte-Croix et de Saint-Maurice, sises au sommet du mont, jouxtant la voie publique qui mène à l’église Saint-Roman. On rencontre ici la citation de ce chemin que les archéologues soupçonnent d’être une voie antique et qui au XIe siècle fait partie des chemins publics, soit un chemin de province. Les cartes IGN signalent un St-Roman à 2500 mètres à l’est du village. Le cadastre de 1833 signale au même endroit un quartier St Roman. La CAG fait remarquer que le prieuré médiéval de Saint-Roman, localisé entre La grande Bastide et Saint-Maurin, occupe l’emplacement d’un site antique (p. 309). En fait, le site de Saint-Roman est à l’est de celui de Saint-Maurin et non à l’ouest d’après le plan cadastral de 1833 (voir TA et section A 2) et au SE sur les cartes modernes. Après cette citation de 1053, le prieuré n’apparaît plus et n’a laissé aucune trace à part le nom d’un quartier.

 

285. Eglise Saint-Laurent

 

Elle est citée en même temps que celle de Sainte-Marie, c’est-à-dire en 1175 et 1186, apud Montem Justinum, ecclesia sancti Laurentii. Comme pour Saint-Roman, cette église n’a laissé qu’un nom de quartier cité par le cadastre napoléonien et la carte IGN à l’ouest du village, St-Laurent. Cette ancienne église pourrait être à l’emplacement du cimetière situé dans le même secteur où ont été découvertes des sépultures du haut Moyen Age (CAG, p. 308-309). Le fait que saint Laurent soit le patron du village laisse envisager une église pré castrale et la première paroisse.

 

286. Prieuré et église Saint-Maurin

 

Cette église est considérée par Atlas comme un prieuré de Saint-Victor (carte n° 75). Mais son nom est à l’origine sous celui de saint Maurice comme indiqué dans la charte de 1053. Une ecclesia S. Mauricii de Montejustino est ensuite citée au XIVe siècle (GCN I, Inst Aix, col. 48) et le cartulaire de Saint-Victor compte parmi ses prieurés en 1079 et 1113, in valle Relliana cella sancti Mauricii ou ecclesia sancti Mauricii de Reliana (CSV 2, n° 843, p 217 et n° 848, p. 236). A l’origine, l’église appartenait à Raimbaud de Reillanne, archevêque d’Arles, qui en fait don à Saint-Victor avec les biens en dépendant en 1030 (CSV I, n° 104, p. 409-410). La carte de Cassini, n° 122, la nomme St Martin. Le cadastre de 1833 indique un bâtiment St Maurin dans la section A 2 au sud du hameau des Roux au même emplacement que sur les cartes modernes. La CAG relate que l’ancienne église romane de Saint-Maurin (aujourd’hui bergerie), occupe l’emplacement d’un site antique. Dans le montant d’une porte latérale de la chapelle est réemployé un fragment d’inscription (p. 309).

 

287. Eglise Sainte-Croix

 

Elle est citée dans la charte de Montjustin en 1053, ecclesia Sanctae Crucis avec celles de Saint-Romain et de Saint-Maurin. Seul un toponyme Sainte-Croix, révèle le site dans la section B du cadastre de 1833 avec un quartier et un bâtiment du même nom (parcelle 169). Le toponyme figure encore sur les cartes actuelles au SE du village, non loin du Colombier.

 

Synthèse

 

Il est rare de rencontrer une telle concentration d’édifices religieux dans un territoire si restreint. Trois d’entre eux existent déjà en 1053, situés en milieu ouvert, en plein champ et de plus sur des sites antiques, à part Sainte-Croix. Saint-Laurent pourrait être également la première paroisse avant la création du castrum et de l’église. Cette commune offre l’exemple sauvegardé dans des fragments de mémoires de l’organisation des premières paroisses avant l’enchâtellement avec une profusion de lieux de culte propres à desservir un habitat dispersé. Ce dense maillage paroissial permettait à toute personne habitant à 2000 mètres au plus d’être assuré d’un service religieux satisfaisant [1].

_________________________________

 

[1] Sur ce vaste sujet, Collectif, La Paroisse, Médiévales n° 49, 2005, Presses Universitaires de Vincennes, 2006, 192 pages.

 

Voir site Dignois