Daniel Thiery

Noyers-sur-Jabron

 

NOYERS-SUR-JABRON

 

Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui chef-lieu de canton. La commune, de plus de 5400 hectares, s’étage de chaque côté des rives du Jabron, dominée au nord par la Montagne de l’Ubac, 1280 m, et au sud par le sommet de Lure, 1826 m. Deux communautés lui furent adjointes, la commune de Jarjayes en 1832 et la communauté d’Aigremont à la fin du Moyen Age. Elles étaient situées à l’ouest de Noyers, Jarjayes principalement sur la rive droite du Jabron, Agremont au nord de Jarjayes, lieu-dit aujourd’hui Saint-Martin. 1000 habitants en 1317, plus que 200 en 1472, le territoire fut durement marqué par la grande crise des XIVe et XVe siècles. Il faut attendre 1765 et 1851 pour retrouver le même nombre d’habitants, puis c’est de nouveau la décrue pour aboutir à 262 habitants en 1962 (Atlas, p. 187). Le vaste territoire, riche en produits de toute sorte, céréales, fruits d’été et d’hiver, a favorisé l’installation de plusieurs prieurés et églises. Ils sont recensés par les Pouillés de 1274, qui, outre l’ecclesia de Nogeriis  avec son capellanus, citent l’ecclesia de Alto monte avec le capellanus Sancti Martini et le capellanus Sancti Nazari territorii de Nogeriis. Il faut ajouter le prieuré de Saint-Julien cité par Achard que recopient Féraud et Abbayes et Prieurés (Achard II, p. 285). Mais d’autres chapelles apparaissent également.

 

NOYERS-SUR-JABRON

 

Voir site Dignois

 

Le village ou castrum de Noyers était bâti sur une éminence…, c’étoit une forteresse enfermée dans une enceinte de murailles dont il reste quelques vestiges (Achard II, p. 183). L’église paroissiale dédiée à Notre-Dame de Bethléem et à Sainte-Euphémie est une église romane parmi les plus grandes de Haute-Provence (32 m x 12 m) et son architecture est exemplaire. Classée MH en 1923, elle fut restaurée avec soin de 1970 à 1974 et reste le seul témoin de la prospérité du village qui n’offre plus que des pans de murs informes [1]. C’est en effet à partir du milieu du XIXe siècle qu’il fut progressivement abandonné au profit d’un nouveau village construit dans la vallée. Une nouvelle église y est élevée en 1866 sous le titre de l’Immaculée Conception, l’école en 1855 et la mairie en 1913 [2].

 

318. Prieuré Saint-Martin d’Aigremont

 

L’ecclesia de Alto monte est citée en 1274 en même temps que celles de Saint-Vincent (du Jabron), de Gensiac, et de Malcor (Pouillés, p. 119). Ces quatre fiefs sont achetés le 6 mai 1299 par Pierre Giraud, prévôt de l’abbaye de Cruis, pour le prix de 50.000 sols, à Bertrand de Baux [3]. Pour l’abbé Féraud recopiant textuellement Achard, il y avait deux seigneuries et leurs possesseurs prenaient le titre de seigneurs de Noyers et de St-Martin d’Aigremont. La seigneurie passa successivement en différentes mains : après avoir appartenu à l’abbaye de Cruis, elle fut réunie, en 1340, au domaine comtal, avec la terre d’Agremont (Achard, p. 183, Féraud, p. 486). Alto Monte est traduit par Aigremont ou Agremont et a laissé une trace toponymique avec le vocable Montaigre à 1000 mètres au sud du Col de Blauge sur la carte IGN (altitude 1200 m). L’église du prieuré est sous le titre de saint Martin comme stipulé en 1274 et a laissé son nom au hameau Saint-Martin, à l’altitude de 810 mètres. Encore citée au XIVe siècle avec le prior Sancti Martini de Nogeriis (GCN I, col. 472), il n’existe plus aucune trace de l’église, aussi bien sur Cassini que sur le cadastre napoléonien. Il est probable que la perte importante du nombre des habitants a causé sa destruction et que le fief d’Agremont a perdu son identité.

 

319. Prieuré Saint-Julien

 

Il est seulement cité par Achard qui ajoute qu’il dépendait de l’abbaye de Cruis ou plutôt de Valbelle et que M. de Thomassin, évêque de Sisteron, unit vers le commencement de ce siècle (XVIIIe) à son séminaire de Manosque. Le seul indice de localisation de ce prieuré est fourni par le cadastre de 1831 qui signale un petit bâtiment avec une croix appellé St Julien, en section E 1, parcelle 479, situé à 500 mètres au nord du hameau de Marremieaille et touchant à l’ouest un chemin du même nom. On retrouve ce chemin sur la carte IGN et il faudrait placer ce St Julien entre Mallemialle au sud et les Prés du Rey au nord.

 

320. Prieuré Saint-Nazaire

 

Il est cité par Achard en même temps que celui de Saint-Julien, mais il apparaît en 1274 avec un capellanus Sancti Nazari territorii de Nogeriis. Ce prieuré dépendait également de Cruis. N’ayant plus de nouvelles par la suite, il faut recourir à des documents plus récents pour le retrouver. Il est signalé d’abord par Cassini sous le nom de St Nazaire avec un bâtiment surmonté d’une croix. Le cadastre de 1831 nomme dans la section C 1 un quartier Saint Lazare et pré du preire et au hameau de St Lazare indique un bâtiment avec une croix, parcelle 197. Nazaire s’est tranformé en Lazare, mais il s’agit du même prieuré avec le pré du prêtre, ancienne possession attenante. Enfin, la carte IGN indique le lieu-dit St Nazaire, sur la rive droite du Jabron, au SSE du nouveau village, entre les Latils et les Suquets, mais sans édifice religieux.

 

321. La chapelle des Pénitents

 

Elle jouxtait au sud l’église du Vieux Noyers, incorporée dans le cimetière. Elle est clairement dessinée par le cadastre napoléonien avec une abside en hémicycle orientée vers le nord (Section F, parcelle n° 2). Le cimetière s’étend à l’ouest. Lors de l’inventaire de 1906, à côté de l’église paroissiale, une ancienne église dite des Pénitents, construite avant la Révolution, aujourd’hui à demi écroulée (1 V 68). Aujourd’hui, il n’en subsiste qu’un pan de mur méconnaissable.

 

322. Chapelle Saint-Bevons

 

Elle ne figure ni sur Cassini ni sur le cadastre et les deux informations que nous possédons semblent être véridiques. C’est d’abord l’enquête sur les lieux de culte de 1899 qui signale la chapelle S. Bevons de 1851. Messe à la Pentecôte. Puis, l’inventaire de 1906, chapelle de St Bevons, au quartier de Pierre Impie, 80 m², construite en 1856, non meublée. Les dates de construction divergent et on retrouve les ruines de cette chapelle sur la carte IGN à quelques 800 mètres au SSO du Rocher de Pierre Impie. C’est pour honorer le saint local, châtelain de Noyers et vainqueur des Sarrasins selon les Ephémérides que les habitants construisirent cette chapelle et y vénérèrent une relique du saint [4].

 

323. Chapelle Saint-Claude

 

Elle est située à mi-chemin entre le hameau de Saint-Martin et le village du Vieux-Noyers sur un ancien itinéraire à mi-pente de la montagne devenu GR aujourd’hui, à l’altitude de 920 mètres. Elle est citée comme chapelle rurale lors des visites pastorales du XIXe siècle. L’enquête de 1899 la date du XVe siècle et rapporte qu’on y dit une messe le jour de l’Ascension. L’inventaire de 1906 est encore plus précis : chapelle St Claude, construite en 1620 ou 1680 (chiffres mal formés) de 21 x 9 = 189 m², meublée. Un petit clocher avec une cloche en bronze portant la date de 1628. Il semble qu’il faut opter pour 1620, la cloche ayant été installée huit ans plus tard. La chapelle est encore en parfait état aujourd’hui.

 

324. Le Prieuré Saint-Julien

 

C’est un site situé au nord du village de Noyers et du hameau de Chénebotte, à 670 m d’altitude, où est signalé le Prieuré ruines. La carte de Cassini l’omet, par contre le cadastre de 1831 dessine trois bâtiments dits le Prieuré en section D 1, mais sans signaler l’un d’entre eux par une croix comme celà est fait par ailleurs. Tout le quartier porte le nom de Le Prieuré. Dépendant de l’abbaye de Cruis, la chapelle fut rebâtie en 1619 puis en 1742. Elle est aujourd’hui en ruine. Il subsiste quelques pans de murs de trois bâtiments disposés autour d’une cour intérieure (PR, n° 15, p. 16).

 

JARJAYES

 

Voir site Dignois

 

L’ancienne commune occupait une petite partie de la rive gauche du Jabron, à l’ouest de la commune de Noyers et surtout de la rive droite jusqu’au sommet de la Montagne de Lure. C’est par un certain Rostagnus de Gargaia cité vers 1050 comme témoin qu’apparaît le nom de Jarjayes. On le retrouve en 1080 avec Antelmi de Gargaia, également témoin. Puis, en 1234, c’est un priore de Jariaja qui est encore témoin (CSV II, n° 675, p.17, n° 1089, p. 555 et n° 922, p. 339). Ce n’est pas parce que ces trois personnages sont cités par le cartulaire de Saint-Victor que Jarjayes dépendait de cette abbaye. Il était, comme la majeure partie des églises de la vallée, dépendant de l’abbaye de Cruis. L’église est citée en 1274 avec le capellanus ecclesie de Jargaia (Pouillés, p. 120). On peut la situer à l’endroit indiqué la Cure par la carte IGN. Le cadastre, au quartier Saint-Pierre indique un bâtiment non colorié avec une croix à l’intérieur dit la Paroisse (section H 1, parcelle 172). Cassini signale l’église comme une paroisse à part entière. En effet, c’est à partir du rattachement à Noyers en 1832 que la paroisse de Jarjayes va devenir une simple succursale. Il semble même qu’elle passe dans les mains de particuliers ; c’est ce que déclare l’inventaire de 1906 : l’église de Jarjayes appartient aux familles Siazien et Borel qui l’entretiennent. 72 m². Reconstruite en 1850 (1 V 68). Aujourd’hui, elle est en ruine. Elle était sous le titre de saint Pierre comme l’atteste l’abbé Féraud et le cadastre de 1831 qui nomme les quatre feuilles de la section H, Saint-Pierre (Jarjayes est compris dans le cadastre de Noyers).

 

325. La chapelle de Pelegrine

 

C’est la carte de Cassini qui signale une chapelle au quartier dit Pelgrine. Le cadastre de 1831 nomme tout le quartier situé au sud de la commune Section de Pelegrine et de Lure et cite en outre le chemin de Pelegrine provenant de la vallée, un quartier dit les Gleiges et la crête des Gleizes et enfin l’hubac du preyre. La carte IGN situe la Montagne de Pelegrine ainsi qu’une bergerie ruinée dite Pelegrine au sud de la commune à l’altitude moyenne de 1200 mètres. Deux kilomètres plus au sud s’élève le sommet de Lure à 1826 mètres. Tous les toponymes relevés, les gleizes, l’église, le preyre, le prêtre et pelegrine, pèlerin, évoquent une église, un desservant, un pèlerinage. Mais aucun témoin ne vient confirmer cette hypothèse.

 

Synthèse

 

L’étendue et la richesse de la commune ont incités les ordres religieux à venir s’y installer. Ne possédant pas de citation d’églises avant 1274, il est difficile de connaître l’état des prieurés avant cette date. Ganagobie et Cruis se sont principalement développés aux XIe et XIIe siècles, de même les fiefs de Noyers, d’Aigremont et de Jarjayes.

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[1] Description de l’église, Collier, p. 119 et Provence Romane 2, p. 238

[2] COLLECTIF, La Montagne de Lure, p. 288. Description de l’église par Collier, p. 385-386.

[3] Féraud, Souvenirs religieux, p. 84.

[4] Guy Barruol, dans La Montagne de Lure, p. 181. Egalement F. Trouche, Ephémérides des saints de provence, M. Petit, 1992, p. 55-56. Pour l’historique et description de la chapelle, PR, n° 15, 1993, p. 9-12.