Daniel Thiery

Oraison

 

ORAISON

 

Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Digne, aujourd’hui dans le canton des Mées. La commune est située au sud des Mées, sur la rive gauche de la Durance et arrosée par les torrents de l’Asse et du Rancure. Sa situation géographique à une altitude ne s’élevant pas au-delà des 600 mètres a favorisé comme le relate Achard la culture des céréales, de la vigne et des fruits. Les 3842 hectares de son territoire ont accueilli une population relativement nombreuse par rapport aux communes voisines et qui s’est développée à partir du XVIIe siècle et qui a sans cesse progressé : de 545 habitants en 1315, elle est passée à un peu plus de 1000 en 1765, puis approche les 2000 en 1851, pour parvenir à 3000 en 1962 et aujourd’hui à près de 5000 habitants (Atlas, p. 188). Le pays a accueilli en de nombreux endroits la civilisation romaine, on y a même décelé les traces d’un parcellaire de cette période (CAG, n° 143, p. 331-333).

 

Pour J.-P. Poly, le Cinicino in pago Regense cité dans le testament du patrice Abbon en 739 serait la forme originelle d’Oraison, Cinicino étant une corruption de Uriciuno, nom d’homme Oresius, qui aurait ensuite évolué au XIIe siècle par l’attraction du provençal auro, vent [1]. Le castrum d’Auraisono ou d’Auraiso apparaît dès le début du XIIIe siècle [2]. Il était situé sur la colline qui domine le village actuel au lieu-dit Ville Vieille où il ne subsiste actuellement qu’une tour ronde en ruine. L’église paroissiale apparaît peu de temps après, en 1274, avec le capellanus de Auraysono (Pouillés, p. 108). Bartel nous révèle qu’elle est sous le titre de la B. Mariae de Toro dont la mense appartient au chapitre de Riez (p. 50). C’est ce que confirme Achard, l’église paroissiale est sous le titre de N.D. du Thor et le prieuré a été réuni à la mense du Chapitre de la Cathédrale de Riez qui présente à la Cure. On ne sait quand l’habitat est descendu définitivement au pied de la colline. L’église paroissiale ne semble pas remonter au delà du milieu du XVIe siècle (Collier, p. 167). On pourrait alors dater l’abandon définitif du castrum durant ce siècle.

 

La carte IGN et le cadastre napoléonien de 1823 livrent cinq lieux-dits portant le nom d’un saint, Sauveur, Georges, Pancrace, Anne et Martin. Cassini en livre un sixième, Pierre. Seuls ceux de Saint-Pancrace et de Saint-Georges sont concrétisés par un édifice. Pour les autres, des recherches seraient à effectuer dans les cadastres de l’Ancien Régime pour tenter de retrouver des traces éventuelles de constructions. En dehors de ces hypothétiques chapelles rurales, l’abbé Féraud signale deux chapelles dans le village : on trouve dans le village deux autres chapelles, l’une en l’honneur de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, qui appartient aux frères Pénitents, l’autre dédiée à Saint-Denis (p. 186).

 

331. Chapelle Saint-Pancrace

 

C’est le seul monument conservé dans la commune et il est investi d’une grande vénération par les fidèles. D’abord parce que saint Pancrace est le patron de la paroisse et ensuite parce qu’on s’y rend encore en pèlerinage tous les ans. C’est ce que révèlent les visites pastorales du XIXe siècle : une chapelle rurale dédiée à St-Pancrace. Procession le jour de la fête du saint (30 juin 1845).L’enquête de 1899 signale deux processions : chapelle S. Pancrace, à deux heures, on y va le 12 mai et le lundi de Pâques. En 1922, la chapelle est signalée en mauvais état, mais a été réparée depuis car elle est en parfait état. Elle est située au sud du village, sur la rive droite de l’Asse, sur une élévation dominant les terrasses de la Durance et le hameau de Saint-Pancrace.

 

332. Chapelle Saint-Georges

 

Elle n’est signalée qu’une seule fois, le 8 mars 1860, en même temps que celle de Saint-Pancrace. Elle était située en amont de cette dernière, sur une colline dominant la rive droite de l’Asse. Un lieu-dit porte encore ce nom au nord du hameau des Coués. La CAG rapporte : à 100 m à l’ouest de la chapelle ruinée de Saint-Georges, au pied d’une colline dominant l’Asse (altitude : 390 m), lors d’un labour vers 1950-1951, deux sépultures sous tuiles en bâtière (p. 333).

 

Synthèse

 

Les données sont trop succinctes pour appréhender l’organisation des édifices ruraux ayant précédé l’enchâtellement. L’importante occupation antique, la présence d’un domaine carolingien, les lieux-dits à nom de saint ne laissent pas apparaître la richesse du territoire et la variété des édifices religieux.

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[1] J.P. POLY, “La petite Valence. Les avatars domaniaux de la noblesse romane en Provence », Saint Mayeul et son temps, SCL, Digne, p. 175 et 180, note 71.

[2] GCN I, Inst. Riez, col. 376 ; enquêtes de 1250, n° 569, p. 359. 

 

Voir site Dignois