Daniel Thiery

Saint-André-les-Alpes

 

SAINT-ANDRE-LES-ALPES

 

Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Castellane, aujourd’hui chef-lieu de canton. La commune s’étend sur la rive droite du Verdon au nord de Castellane sur 4746 hectares. Elle regroupe plusieurs anciennes communautés et communes, C’est d’abord la réunion de la communauté de Troins à la fin du XVIIIe siècle, puis le rattachement de Méouilles en 1857, enfin de la commune de Courchons en 1966.

 

COURCHONS

 

Cette ancienne commune était située au sud de Saint-André sur la rive droite du Verdon dans un milieu montagneux, les principaux hameaux s’étageant entre 1200 et 1300 mètres d’altitude. Comme le relate l’abbé Féraud le site de ce lieu le rend très-froid en hiver. Les 1125 hectares du territoire n’ont jamais pu accueillir plus de 200 habitants. Il n’en restait que 7 en 1962. Le castrum de Corchono est cité en 1226 lors de l’hommage prêté par Boniface de Castellane à R. Bérenger (Bouche I, p. 915). En 1315, la population atteint 125 habitants pour se réduire à 20 en 1471 (Atlas, p. 174). Le peu de population n’a pas incité l’autorité ecclésiastique à y fonder une paroisse, car aucune église n’est citée entre 1278 et 1376. L’enquête de 1278 est formelle : il n’y a aucun prélat dans ledit castrum ni aucune personne religieuse. Il n’y a pas de biens ecclésiastiques (n° 854, p. 432). L’augmentation de la population au XVIIe et XVIIIe siècle, 189 habitants en 1765, a favorisé la création d’une église paroissiale. Elle dépend de la paroisse de Moriez et l’évêque la visite en 1697 (2 G 17, f° 131). Achard nous fait connaître ses titulaires, les patrons de l’église sont S. Jacques et S. Philippe, Ste Magdeleine, S. Jacques et S. Christophe et un prêtre exerce les fonctions curiales (I, p. 486). R. Collier contredit l’abbé Féraud quand ce dernier date l’église de 1699. Il estime qu’il faut lire 1609 (p. 210-211). Cela semble très vraisemblable car l’évêque de Senez la visite en 1697. Elle est aujourd’hui à l’état de ruine, il ne subsiste que la façade et les murs latéraux, il n’existe plus de couverture. Il n’y a jamais eu de chapelle rurale sur le territoire.

 

TROINS

 

Voir site Dignois

 

La situation de Troins est semblable à celle de Courchons, étant perché au nord de Saint-André, dans le même milieu montagneux. L’Issole le traverse du nord au sud pour rejoindre le Verdon. C’est au hameau du Seuil et dans quelques rares bastides qu’il faut reconnaître l’habitat. Le cadastre de 1835 ne recense qu’un hameau, celui du Seuil, comprenant une dizaine de maisons et une église (section B 5, parcelle 15). En 1315, il existait 29 feux, soit 150 habitants, en 1471 le territoire est reconnu inhabité. Il va se repeupler lentement pour atteindre les 45 habitants à la fin du XVIIIe siècle, moment où la commune est rattachée à celle de Saint-André. Il ne subsiste actuellement que quelques murs de l’église paroissiale dédiée à saint Michel. Elle est recensée lors de l’enquête de 1278 : l’église paroissiale, dont le prieur est appelé de son prénom Guillaume, est à la collation du seigneur évêque de Senez (p. 435, n° 864). Puis vers 1300 et 1386, ecclesia de Troynis, ecclesia de Troinis (Pouillés, p. 290 et 293).

 

407. Les deux tours et la chapelle Saint-Jean

 

Le castrum de Troins est cité en 1237 avec celui de Mura (RACP, n° 277, p. 364). La même enquête de 1278 indique également que l’hospitalier dudit lieu a donné une sétérée de terre de R. Fulcone de Troyns, terre qui est près de l’église Saint-Jean, c’était du temps où le seigneur Boniface tenait la terre de Castellane. Cet hospitalier pourrait être d’un ordre de chevalerie, templier ou hospitalier, plutôt hospitalier car l’église est dédiée à saint Jean, les Templiers préférant saint Michel. La carte de Cassini signale à Troyns deux édifices, l’un nommé la Tour, l’autre la Tour des Templiers Rne. On retrouve les deux tours dans la section B 6 du cadastre de 1835. L’une est rectangulaire (parcelle n° 7), l’autre est de forme carrée et accompagnée d’une chapelle en ruine (parcelles 12 et 13). Cette dernière présente une abside en hémicycle orientée vers l’est et semble en état. Il pourrait s’agir de l’église Saint-Jean citée en 1278. Sur la présence d’un ordre chevaleresque à Troins il n’existe que la mention de Cassini. R. Collier cite la tour romane de Troins faisant partie d’un système fortifié de la vallée du Verdon entre Beauvezer et Saint-André (p. 311). Les deux tours sont signalées en ruine sur les cartes actuelles, mais la chapelle n’y figure plus. Elles sont situées à 1500 mètres au sud du hameau abandonné du Seuil et sont distantes l’une de l’autre d’à peine 200 mètres.

 

L’abbé Féraud en 1844 fournit une description de ces deux tours : on trouve, sur un mamelon qui domine la vallée d’Isole, une tour assez curieuse. C’est un bâtiment carré en forme de clocher, construit, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, avec des pierres aussi carrées et dont la taille est seulement ébauchée. Ces pierres sont liées par un ciment si solide que le bâtiment s’est assez bien conservé. Cette tour communiquait avec une chapelle dont le sanctuaire existe encore. Sur un autre mamelon, on aperçoit les ruines d’une autre tour (p. 268-269). Pour J.-C. Poteur le donjon carré de Troins a été construit entre 1173 et 1218. C’est la période durant laquelle le comte de Provence soumet les seigneurs rebelles, en particulier ceux de la région de Castellane, qu’il fait construire ou conquiert des châteaux qu’il confie aux Templiers ou aux Hospitaliers [1]. Le donjon mesure extérieurement 6,30 x 6,30 m avec des murs de 1,80 m d’épaisseur et offre une surface intérieure de 5,50 m² [2]. Le fait qu’il existe deux forteresses à quelques 200 mètres de distance peut faire penser que l’une a été construite pour faire le siège de l’autre.

 

MEOUILLES

 

Voir site Dignois

 

Rattachée en 1837, l’ancienne commune s’étendait sur la rive gauche du Verdon à une altitude comprise entre 800 et 1000 mètres. Le nom apparaît sous la forme de Medulla lors de l’enquête de 1278 où l’église paroissiale dudit castrum dont le prieur est seigneur A. Bonifilius est à la collation du seigneur évêque de Senez. Gaufridus Balbus et dame Dulcia sont les seigneurs dudit castrum (n° 828, p. 428). Elle est encore citée par les Pouillés vers 1300 et 1376, ecclesia de Medulla, ecclesia de Medulha (p. 290 et 292). Quand l’évêque la visite le 25 mai 1697, ce sont les chanoines de Senez qui sont prébandés audit lieu (2 G 17, f° 77). L’église est sous le titre de saint Martin. Après avoir été une annexe de la paroisse de Saint-André, elle redevient paroisse au cours du XIXe siècle, mais aujourd’hui n’est plus qu’une simple chapelle en cours de restauration dont il subsiste quelques éléments de structure romane (Atlas, p. 194).

 

SAINT-ANDRE

 

Voir site Dignois

 

Contrairement aux autres communautés le village n’est pas installé en pleine montagne, mais dans une petite plaine, aux abords du Verdon, à l’altitude moyenne de 900 mètres. Il fut peu touché par la crise du XVe siècle, car de 150 habitants en 1315, il ne subsistait encore 100 en 1471. Par la suite, la population atteint presque les 1000 habitants en 1851, chiffre équivalent de nos jours (Atlas, p.194). Saint-André est cité en même temps que Méouilles en 1278 et est desservi par le même prieur : l’église paroissiale dudit castrum dont le prieur est seigneur A. Bonifilius est à la collation du seigneur évêque de Senez. Seigneur G. de Signa et seigneur Bt. de Rochavaria sont les seigneurs dudit castrum (n° 860, p. 424). Cette église accompagnée du cimetière va être démolie lors de la construction d’une nouvelle sur un autre emplacement en 1849 (Collier, p. 373-374). Les visites pastorales du XIXe siècle signalent deux chapelles rurales [3].

 

408. Chapelle Saint-Jean-du-Désert

 

C’est sous cette appellation qu’est citée cette chapelle à partir de 1858. Elle est dans un état convenable et en 1894 on signale qu’on y a fait des réparations. L’enquête sur les lieux de culte fait remarquer que la chapelle de S. Jean Baptiste, date de 40 ans environ, sans autorisation légale. Le curé y dit la messe le jour de S. Jean et quelquefois pendant l’année à la demande des habitants (2 V 73, n° 9). Cette datation semble vraisemblable car la chapelle n’apparaît pas sur la carte de Cassini ni, semble-t-il, sur le cadastre de 1838. Elle est située dans un site isolé, un désert, près de la route qui monte au nord sur la rive droite de l’Issole.

 

409. Chapelle Notre-Dame

 

Elle est citée aux mêmes dates que celle de Saint-Jean mais on signale qu’elle est en litige avec la paroisse. L’enquête sur les lieux de culte nous en apprend un peu plus : chapelle de la Ste Vierge, très ancienne et dont la famille Honnorat garde la clef, parce qu’elle s’en dit propriétaire, sans autorisation écrite. La paroisse s’y rend en procession trois ou quatre fois par an et le curé y dit la messe le dimanche après la Nativité de la Ste Vierge, pour la fête de S. André et le jour de S. Joseph. R. Collier en donne une brève description : chapelle Note-Dame (privée) date du XVIIe s., derrière une façade apparemment du XIXe. Double, elle comprend deux nefs accolées, voûtées d’arêtes, et divisées, chacune en deux travées par un doubleau avec pilastres à impostes. Les nefs ouvrent l’une dans l’autre par deux arcades brisées portant sur des piliers ronds, à socles carrés et à chapiteaux de plan carré, mais d’angles abattus (p. 225). Il est probable que cette chapelle a été spoliée lors de la Révolution et a été gardée par les propriétaires. Elle est signalée par la carte de Cassini.

 

Synthèse

 

Les édifices paroissiaux de trois communautés paraissent relever de la période castrale, celui de Courchons étant plus tardif. Aucun indice ne permet d’en trouver d’autres plus anciens.

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[1] C’est en 1188 qu’Alphonse Ier fait le siège de Castellane et que Boniface se soumet.

[2] POTEUR J.-C., Les grands donjons romans de Provence Orientale, Centre d’Etude des Châteaux-Forts, 1995, p. 22. « Les ordres militaires et la stratégie comtale en Provence Orientale (XIIe-XIIIe siècle) », Guerres et fortifications en Provence, CRDO, Mouans-Sartoux, 1995, p. 11-29.

[3] 1858, 1870, 1876 (2 V 90). 1884, 1890, 1894 (2 V 93).