Daniel Thiery

Saint-Etienne-les-Orgues

 

SAINT-ETIENNE-LES-ORGUES

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui chef-lieu de canton. Cette vaste commune de 4842 hectares occupe une partie des pentes sud de la montagne de Lure et une plaine arrosée par la Laye. Elle est située à l’ouest de la commune de Cruis et au nord de Forcalquier. En 1315, elle est composée de deux habitats principaux, Saint-Etienne avec 260 habitants et Les Orgues avec 125 habitants. En 1471 les deux communautés ne totaliseront plus que 70 personnes. C’est à partir de cette période que la communauté des Orgues va disparaître. Saint-Etienne va devenir le centre de la vallée et regrouper la population qui va atteindre les 1200 habitants en 1851. Au XVe siècle elle élève une église paroissiale à l’emplacement d’une chapelle dédiée à saint Etienne. En 1073 Guilelmus Calcia, son épouse Domidia, leurs fils Ugo, Guillaume et Bertrand donnent à l’abbaye de Saint-Victor in valle Ausonica l’église qui est consacrée au protomartyr saint Etienne avec le cimetière et les offrandes qui appartiennent à cette église (CSV II, n° 683, p. 22-23). C’est la seule mention de cette église dépendant de Saint-Victor, elle n’est plus citée par la suite [1].

 

414. L’abbaye de Lure

 

En effet le territoire va changer de main à partir du XIIe siècle quand va être fondée vers 1165 l’abbaye chalaisienne de Lure. Des donations avaient été faites par plusieurs seigneurs de la contrée, en particulier Foulques des Orgues, en faveur de Guiges abbé de Boscaudon, pour fonder une filiale. Le comte de Provence Guillaume IV confirma ces donations en 1191, puis de nouveau en 1207. Le texte de la première donation étant perdu, celui de 1207 cite les domaines appartenant à l’abbaye, dont une maison ou grange dans la vallée de Saint-Pons de Lure, ainsi qu’un cellier dans la vallée de Saint-Etienne et aussi un moulin que les moines pourront construire où ils voudront dans la vallée de Montlaux. Les limites des propriétés s’étendent du four Juramaria jusqu’au delà la combe de Lauthier (Bouche II, p. 168). Outre ces biens l’abbaye en possédaient d’autres dans d’autres communes et avaient également la charge et les bénéfices de certaines églises, dont celle de Saint-Etienne [2].

 

415. Les Orgues

 

En 1315 le castrum des Orgues comptait 125 habitants et on a reconnu un certain Foulque des Orgues, Fulco de Alsonicis, faisant des dons vers 1170 avec d’autres seigneurs de la région à l’abbé de Boscodon pour fonder une abbaye dans le territoire. Il était situé au sud du territoire sur une colline à l’altitude de 600 mètres. On ne sait rien de ce castrum sinon que son territoire est déclaré inhabité vers l’an 1400. Il devait posséder une église paroissiale dont on ignore tout.

 

416. Chapelle Saint-Joseph

 

Elle est citée comme chapelle rurale lors des visites pastorales du XIXe siècle et on assure qu’elle est décente. Lors de l’inventaire de 1906 on la situe à 300 mètres sur la route d’Ongles. Elle est placée immédiatement après le cimetière qui fut construit en 1828. L’édifice est orienté vers le nord, à 10 ° et est perpendiculaire à la route. On y accède par un escalier de cinq marches qui conduisent d’abord sous un auvent de un mètre de profondeur. La façade est ornée d’une porte et d’une ouverture fermées par un grillage et des barreaux, ce qui permet d’examiner l’intérieur. Celui-ci est couvert par une voûte en berceau, le chœur en hémicycle, les murs crépis laissant apparaître un décor peint. Un autel récent, en maçonnerie, supporte un tabernacle et un gradin sur lequel repose une statue en plâtre de saint Joseph et de l’Enfant Jésus. Les murs extérieurs sont entièrement crépis et la toiture, en parfait état, est couverte de lauzes.

 

417. Chapelle Saint-Sébastien

 

Elle est citée en même temps que la précédente, sur la même route, mais à 1500 mètres selon l’inventaire qui ajoute qu’elle date de 40 ans. Orienté à 310°, c’est un petit édifice entièrement crépi. L’encadrement de la porte est formé d’une plate-bande dont le linteau et les piédroits sont décorés d’une moulure. Le linteau est constitué de deux sommiers et d’une clef décorée d’une croix portant la date gravée de 1855. Les piédroits reposent sur une base en saillie et l’encadrement est en avant du nu du mur.

 

Synthèse

 

Quand est donnée à Saint-Victor l’église Saint-Etienne en 1073, celle-ci existe déjà et est dans les mains d’une famille de laïcs. C’est elle qui perçoit les dîmes et les offrandes. Ancien bien d’église accaparé lors des troubles, sa fondation peut remonter au haut Moyen Age. C’est un phénomène assez courant mais qu’il n’est pas toujours évident de détecter. Ici, le cas est assez clair avec un sanctuaire spolié par des laïcs au Xe siècle, en milieu ouvert et dédié au premier martyr chrétien. C’est autour de lui que va se former le village avec une nouvelle église qui reprend le même titulaire et qui a donné son nom au territoire. Après Saint-Victor ce sont les moines chalaisiens qui vitalisent le terroir. Les deux chapelles Saint-Joseph et Saint-Sébastien semblent bien être des chapelles de protection élevées au XVIIIe et XIXe siècle.

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[1] Quelques renseignements sont fournis par PELLOUX L., Notices géographique et historique sur les communes du canton de St-Etienne-les-Orgues, Forcalquier, 1887, p. 3-27.

[2] Sur cette abbaye, Souvenirs Religieux, p. 62- 67. Laplane, II, p. 399-402. Provence Romane 2, p. 240-242. Abbayes sœurs de l’Ordre de Chalais, p. 53-54. Abbayes et Prieurés, p. 67-68. R. Collier, p. 75, 78, 93-94, 107, 151, 354.

 

Voir site Dignois