Daniel Thiery

Saint-Geniez

 

SAINT-GENIEZ

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Sisteron. Cette commune s’étend sur 3894 hectares au NE de Sisteron dans un milieu au relief accidenté traversé par le Vançon. Plusieurs communautés indépendantes ont été regroupées au cours des siècles pour ne former qu’une seule commune. Le territoire fut vitalisé très tôt puisqu’il fut le siège de la cité de Théopolis du préfet Dardanus au début du Ve siècle. Une crypte paléo-chrétienne existe encore à Dromon. Enfin, au XIe siècle, Chardavon voit l’implantation de la communauté des chanoines de Saint-Augustin et plus d’une vingtaine de chartes sont consignées dans le cartulaire de Saint-Victor concernant Saint-Geniez. En fait il existait trois communautés, Chardavon qui fut commune à part entière jusqu’en 1861 et les deux castra de Dromon et de Saint-Geniez. Dromon était beaucoup plus peuplé au Moyen Age que Saint-Géniez, 60 habitants à Saint-Géniez en 1315 tandis que Dromon en comptait 390. Mais en 1471, les deux communautés étaient déclarées inhabitées. Le redressement fut lent et progressif pour atteindre 558 habitants en 1851 tandis que Chardavon n’en comptait que 43 (Atlas, p. 195).

 

Le village tire son nom de l’église consacrée à ce saint. Elle apparaît en 1030 comme existant déjà quand l’évêque de Gap fait don à Saint-Victor de l’ecclesia beatii Genesii qui est sita in territorio Dromonensi (CSV, II, n° 712, p. 57-58). Suivent durant le XIe siècle et les suivants plusieurs dons de manses, de terres et de biens in territorio de Dromone, in territorio de castro Dromone [1]. Vers 1351, l’église est desservie par un prieur, prior Sancti Genesii de Dromono (Pouillés, p. 89) et les moines de Saint-Victor resteront à Saint-Geniez jusqu’au XVIIe siècle, moment où la paroisse dépendra du chapitre de Notre Dame des Doms d’Avignon. Au sortir des guerres de Religion, en 1602, l’église de saint Genis est toute brutte par dedans, le couvert est rompu et gasté (ADHA G 780). Elle sera réparée assez rapidement.

 

418. Notre-Dame d’Abros

 

Abros comprenait deux hameaux situés au SE de Saint-Geniez sur les rives du Vançon, Abros et le Petit Abros. Abros semble avoir hérité du statut de paroisse dès le XVIe siècle car quand l’évêque s’y rend en 1602 il qualifie l’édifice d’église et non de chapelle, l’église Notre Dame d’Abroux n’est ni pavée, ni voûtée. En fait Notre Dame est la patronne de la paroisse tandis que les saints Philippe et Jacques en sont les titulaires. C’est ce que confirme l’abbé Féraud, la paroisse d’Abros est sous le titre des apôtres saint Jacques et saint Philippe. Elle fut construite en 1617 (p. 413). En fait cette date correspond à une reconstruction après les dégâts causés par les guerres de Religion. En effet, le castrum de Abrohos est compris dans le baillage de Sisteron en 1537 et il certain qu’il possédait une église paroissiale [2]. L’église va perdre son statut de paroisse au cours du XIXe siècle quand l’exode rural va s’accentuer. En 1899, l’église est desservie par le curé de Saint-Geniez (2 V 73). Elle est encore bien meublée lors de l’inventaire de 1906 et mesure 40 m² (1 V 68). Elle va tomber progressivement dans l’oubli, les habitants désertant la vallée. R. Collier l’a visité dans les années 1970 et l’a reconnue très délabrée dominant son hameau ruiné dans la vaste et silencieuse solitude d’une vallée où la forêt ensevelit peu à peu les derniers vestiges de la présence humaine. Elle était formée d’une nef de deux travées voûtées sur simili-croisées d’ogive… L’abside, plus basse et plus étroite que la nef, est voûtée en cul-de-four. Il date l’ensemble du XVIIe siècle (p. 189). Depuis sa visite une partie du village a été restaurée ainsi que la chapelle. Celle-ci présente un chœur orienté vers l’est, ce qui est inhabituel pour une construction du XVIIe siècle. Il se pourrait alors qu’elle puisse remonter au XIIe-XIIIe siècle.

 

419. Notre-Dame de Pitié à La Forest

 

La Forest est un ancien quartier situé à l’est d’Abros sur la rive gauche du Vançon aujourd’hui complètement déserté depuis plus d’une centaine d’années. La première mention d’un édifice religieux date du 25 avril 1687 lors de la visite de l’évêque de Gap, à La Forest, Notre Dame de Pitié, patronne (ADHA G 786). Elle n’est pas citée lors de la visite de 1602 ce qui indiquerait qu’elle était en ruine. Le castrum de la Forest de Dromont est cité en 1537 en même temps que celui d’Abros. L’église dépend de la paroisse d’Abros dont elle n’est pas trop éloignée. C’est ainsi qu’elle est citée lors des visites pastorales du XIXe siècle. Le 21 juin 1858, elle est en réparation et est encore mentionnée en 1862, 1867 et 1873 (2 V 91). L’inventaire de 1906 l’ignore. Depuis, les maisons et la chapelle sont devenus des ruines envahies par la forêt.

 

420. Chapelle de la Roubine

 

Cet ancien hameau de la Roubine dit aussi Robinette ou Roubinette est situé au SE d’Abros et au sud du précédent. Une chapelle dépendante d’Abros y est élévée pour desservir les fermes disséminées dans la montagne. Elle est citée lors des visites du XIXe siècle en même temps que celle de la Forest. On ne connaît pas son titulaire et l’habitat a subi le même sort que les deux précédents.

 

421. Notre-Dame de Dromon

 

Dromon est le nom du territoire où coule le Vançon. Il est cité au début du XIe siècle à la fois comme territoire, in territorio Dromone et comme castrum, castrum Dromone, les deux entités étant souvent associées, in territorio de castro Dromone. Le castrum est situé sur un massif rocheux élevé, à l’altitude de 1285 mètres, dominant la plaine de près de 120 mètres. On y a relevé des traces d’habitat de la Protohistoire à l’Antiquité tardive, puis une réoccupation au Moyen Age avec bâtiments, tour de défense, basse-cour et fortifications (CAG, p. 408-409). On connaît l’un des seigneurs du castrum cité entre 1010 et 1040, Willelmus de Dromo qui tient le fief de Dromon (CSV II, n° 981, p. 432). L’habitat était établi au pied du rocher et jusqu’en 1471 était l’agglomération la plus importante de la vallée comme on l’a vu plus haut. La peste et les guerres vont l’anéantir totalement et il ne sera pas rétabli. Seule, l’église paroissiale, Notre-Dame de Dromon, restera le seul témoin de cette vie disparue. Elle est située au nord du Rocher de Dromon et nous renvoyons le lecteur aux nombreuses études qui lui ont été consacrées, en particulier sur la crypte située sous l’église moderne [3].

 

422. Notre-Dame de Chardavon

 

Chardavon a été commune à part entière jusqu’en 1861, année où elle a été rattachée à Saint-Geniez avec moins de cinquante habitants. Le vocable est cité comme confront lors des donations faites à l’abbaye de Saint-Victor au début du XIe siècle en 1030 et vers 1035, clusa vallis Cardaonis, posterula de rocha Cardaonis (CSV II, n° 713, p. 59 et 718 p. 64). C’est vers 1060 qu’est créée la prévôté de Chardavon sous l’invocation de la Vierge et de Saint-Jean-Baptiste et soumise à la règle de Saint-Augustin. Les chanoines en 1319 étaient au nombre de dix-sept et vingt quatre prieurs desservaient vingt et une paroisses [4]. A ce propos un litige s’est élevé entre les chanoines et les moines de Saint-Victor au sujet des églises de Saint-Martin de Cornillon, de Bezaudun et de l’Escale. Il fallut que l’archevêque d’Aix, assisté des évêques d’Apt, de Gap et de Sisteron, intervienne en 1180 pour conclure une transaction par laquelle la paroisse de l’Escale revienne à Saint-Victor, les deux autres aux chanoines (CSV II, n° 870, p. 260-261). Mais en 1385, le monastère est entièrement détruit par des bandes armées et la communauté vient se réfugier à la Baume [5]. Seule, semble-t-il, l’église fut conservée.

 

Celle-ci est sous la titulature de Notre-Dame comme attesté lors de la visite de l’évêque en 1602, mais n’y ayant que les quatre murailles. Le 25 avril 1687 lors d’une autre visite, il est constaté que l’église est un peu éloignée du village. Autrefois la paroisse, sous le titre de saint Roch, allant en ruine, près de laquelle est le cimetière. La nouvelle église est bâtie dans le village, sous le même titre de saint Roch (ADHA, G 780 et 786). C’est en effet le 19 juillet 1671 qu’est bénie la nouvelle église sous le titre de Notre-Dame-de-Consolation avec comme patron saint Roch [6]. Il ne reste plus rien de la première église et la seconde est en mauvais état.

 

423. La communauté de la Penne et son église

 

La Penne est un hameau situé au nord du village de Saint-Geniez sur un vieux chemin allant à Châteaufort dit par le cadastre de 1814 Chemin de Saint-Geniez à La Motte. Le territorium de Pinna est cité comme confront vers 1030 lors des donations faites à Saint-Victor (CSV II, n° 714, p. 60). En 1297, le castrum est cité avec celui d’Antraix tous deux associés à celui de Châteaufort. Il est composé de 20 feux, soit une centaine d’habitants. C’est un nombre suffisant pour que le territoire soit équipé d’une église paroissiale. Elle est citée vers 1350 avec un cappellanus de Penna, puis en 1351 comme ecclesia de Penna (Pouillés, p. 88 et 93). Comme bien d’autres communautés, elle est déclaré inhabitée à la fin du XIVe siècle (Atlas, p. 170). On ne connaît pas sa titulature et a dû être rebâtie au XVIIIe siècle puisqu’elle figure sur la carte de Cassini. Aujourd’hui, il n’en reste rien.

 

Synthèse

 

Les églises de Saint-Geniez et de Dromon sont clairement identifiées comme étant antérieures à l’enchâtellement, la première existant déjà en 1030, la seconde avec sa crypte du Xe ou XIe siècle. Deux églises sont citées au XIVe siècle outre celle de Saint-Geniez, celles de la Penne et de Chardavon. Celle de Dromon est abandonnée à la fin du même siècle par défaut d’habitants, mais un pèlerinage la sauvegarde. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, une paroisse est fondée à Abros et des chapelles succursales à La Forest et à La Roubine. Aux XVIIe et XVIIIe siècles sont reconstruites les églises de Chardavon et de la Penne.

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[1] Chartes n° 712, 713, 714, 718, 720, 721, 722, 724, 725, 726, 727, 728, 729. 843, 844, 848, 892, 922, 981, 982, 1025, 1131.

[2] Laplane, Essai sur l’histoire municipale de la ville de Sisteron, 1840, p. 222. L’église paroissiale est citée par le compte du synode de 1571, de Abrosiis (Pouillés, p. 103).

[3] Alpes Romanes, p. 233-238 et Provence Romane 2, p. 84-86 qui fournissent les principales sources bibliographiques.

[4] Laplane II, p. 392-398. Souvenirs religieux, p. 85-88. Féraud, p. 445-447.

[5] Cité par Laplane II, p. 394 et note 1 : lettres datées du 14 août 1385 autorisant la translation suite au monastère qui a été détruit et totalement dévasté, tant dans les maisons, les animaux, les troupeaux de moutons et tous les autres biens.

[6] Le texte de la bénédiction gravé sur une pierre est fourni par Laplane, p. 394, note 2.

 

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