Daniel Thiery

Aiglun

 

AIGLUN

 

Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Digne, aujourd’hui dans le canton de Digne Ouest. Population disséminée sur 1489 hectares. Terroir délimité par le torrent des Duyes à l’ouest et par la Bléone au sud. Au sud, également, passage de la voie antique Vence/Castellane/Sisteron, aujourd’hui N 85 ou Route Napoléon. Terroir de collines entre 500 et 900 m d’altitude. C’est en 1180 qu’apparaît l’église d’Aiglun, ecclesia de Aiglesino, lors de la confirmation des biens du chapitre de Digne par le pape Alexandre III (Isnard, p. 136). Treize ans plus tard Bertrandus de Aiglesino est cité comme témoin lors d’une controverse opposant le prieur de Gigors et le seigneur de Bellaffaire (CSV II, n° 992, p. 445). Puis, les Pouillés du diocèse de Digne, en 1351, indiquent que la prébende du chapitre se monte à 18 livres et celle du chapelain à 10 livres. Enfin, en 1376, le chapelain de l’ecclesie de Egleduno perçoit 8 florins pour deux ans (p. 255 et 258).

 

1. Chapelle Saint-Jean

 

Elle est sise sur une colline, au centre de la commune. Aujourd’hui en ruine, il subsiste, selon Collier (p. 63), les murs gouttereaux de la nef à trois travées, l’abside en tuf voûtée en cul-de-four, des sortes de minuscules absidioles flanquant la dernière travée de la nef. Il la date de la fin XIe-début XIIe siècle. Le site de la commune d’Aiglun sur Internet présente un historique de cette chapelle. Il note auprès de l’édifice la présence de nombreux fragments de tegulae romaines que ne signale pas d’ailleurs la CAG (n° 001, p. 73). Il en donne ensuite une description.

 

Il est probable que nous sommes sur le site de la première église paroissiale. Elle devait dépendre de l’évêque de Digne. La présence de témoins antiques laisse envisager une occupation au haut Moyen Age. La titulature à saint Jean correspond bien aux patronages des premières églises. L’édifice présente de nombreux remaniements jusqu’à l’époque moderne. Il figure en état sur la carte de Cassini (n° 153). Lors de la visite pastorale du 19 octobre 1857, la chapelle est signalée en bon état. Puis, en 1865, elle a besoin de réparations et en 1872, il faut la réparer (2 V 87). Elle ne figure pas dans la liste des lieux de culte établie en 1899, signe de son complet abandon. Un cimetière devrait apparaître lors de sondages éventuels.

 

2. Eglise Sainte-Madeleine du Viel Aiglun

 

Il s’agit de l’église du castrum. L’abbé Féraud (p. 55) et R. Collier (p. 180-181) pensent que la date de 1555 gravée sur le portail correspond à son édification. Pour Collier, son architecture renvoie bien à celle du XVIe siècle. La titulature à sainte Madeleine conforte cette hypothèse, le culte de cette sainte de Provence s’étant renforcé à partir de ce siècle (exemples parmi d’autres : églises de Valernes et de la Motte-du-Caire). Cependant il est difficile d’imaginer qu’une église paroissiale antérieure n’ait pas existé au centre du village fortifié avec le château. La chapelle Saint-Jean est beaucoup trop éloignée pour assurer un service paroissial confortable. Les traces d’un édifice plus ancien se remarquent au bas de la façade ouest de l’église par un appareil lité de petits galets. D’autre part, le toponyme St-Martin qui figure dans la pente Est du site pourrait correspondre au premier titulaire de l’église.

 

Le dépeuplement du village perché va commencer à la fin du XIXe siècle et se poursuivre jusqu’en 1942 où il sera complètement abandonné. Réinvesti à partir de 1962, il va retrouver vie et l’ « Association des amis du Viel Aiglun » restaure l’église à partir de 1980. Entre temps, une nouvelle église dédiée à sainte Delphine est construite en 1974 au centre du nouvel habitat situé près de la N 85, ainsi qu’un nouveau cimetière à l’écart.

 

Synthèse

 

Le centre communautaire a ainsi connu trois localisations correspondant aux phases successives de l’habitat et du peuplement : une église isolée sur une colline desservant un habitat dispersé, sur un site antique, peut-être d’origine carolingienne ; une église castrale au centre du village fortifié élevée au cours des XIe-XIIe siècles ; une dernière église issue du regroupement de la population dans la plaine, à l’époque contemporaine, après l’abandon de l’église castrale.

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 Voir le site dignois