Daniel Thiery

Saint-Julien-du-Verdon

 

SAINT-JULIEN-DU-VERDON

 

Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Castellane, aujourd’hui dans le canton de Castellane. La commune occupe la rive gauche du Verdon au sud de celle Saint-André-les-Alpes. D’une superficie de 619 hectares elle a été amputée de 130 hectares pris par les eaux du lac de Castillon. Elle n’a jamais atteint les 200 habitants. La première mention est donnée en 1259 lors de la confirmation des possessions de l’abbaye de Lérins par le pape Alexandre IV : in diocesi Senensi, ecclesia sancti Julianeti (CL II, n° IV, p. 6). Cette appartenance est confirmée en 1278 : l’église dont le prieur est Colombet diacre et la collation de ladite église appartient au seigneur abbé de Lérins. Le seigneur roi est seigneur dudit castrum et possède en icelui toute la juridiction (Enquêtes, n° 851-852, p. 432). On ne possède aucune indication sur la fondation du prieuré de Lérins ni de sa longévité.

 

Un autre ordre, celui du Temple, est également présent à Saint-Julien, mais seulement comme possesseur de biens. La maison de Saint-Julien dépend de la commanderie de Biot (A.-M.) cette dernière ayant été fondée en 1209 suite à un don fait par le comte de Provence Alphonse II. Entre 1209 et 1227, des biens à Saint-Julien lui sont octroyés. En 1227, Raimond de Biot et ses fils vendent à Bertrand II évêque d’Antibes les biens de Biot et de Saint-Julien. Peu d’années après, le 14 avril 1233, Bernard de Cambolano, précepteur du Temple de Grasse et de Biot, reprend, au nom des Templiers de Biot, par voie de retrait féodal, possession de biens sis à Biot et à Saint-Julien, que Bertand II, évêque d’Antibes, avait acquis de Raimond de Biot et de ses deux fils [1]. On ne possède pas le détail des biens du Temple à Saint-Julien et cet ordre n’est pas signalé lors de l’enquête de 1252.

 

L’église paroissiale est citée par les Pouillés en 1300 et 1376, ecclesia de Sancto Juliano (p. 290 et 292). Elle n’est pas dans le village mais en contrebas, puis va être remplacée par une autre construite dans le village et enfin va retrouver son premier statut à l’époque contemporaine. C’est ce qui fait dire à R. Collier que Saint-Julien possède deux églises, celle du haut et celle du bas (p. 224-225). Celle du bas est sous le titre de Notre-Dame de l’Assomption, celle du haut sous le titre de saint Julien avec comme patron saint Roch.

 

430. Eglise Notre-Dame

 

C’est l’église originelle, la première paroisse, et est située au pied de la colline où s’élève le village. Elle est accompagnée du cimetière. C’est l’église du bas que R. Collier décrit comme étant actuellement en service, fut peut-être, autrefois simple chapelle. Terminée par un choeur à chevet plat, voûté d’arêtes, elle a une nef de trois travées, également voûtées d’arêtes, et rythmées par des doubleaux avec pilastres à impostes saillantes faites d’un méplat et d’un grand talon. Nous sommes ici à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle.

 

431. Chapelle Saint-Roch

 

On connaît mieux son histoire grâce à un rapport circonstancié lors d’une visite épiscopale du 27 avril 1858 :

Chapelle rurale St-Roch située au centre du village. On y disait la messe les jours ordinaires, on y gardait la réserve pour être mieux à portée des fidèles. Aujourd’hui, elle est abandonnée parce qu’elle menace ruine par suite de la négligence où on la laissée. L’église de St Julien se trouvant située dans un endroit écarté du village, et tout-à-fait isolé, présente des graves inconvénients, et surtout la piété des fidèles en souffre notablement. Cet édifice n’offre rien de marqué sous le rapport de l’architecture, elle est trop petite pour la population et dans l’état où elle se trouve actuellement, elle exige des réparations urgentes et indispensables. Or il y a à St Julien au centre du village une chapelle (St Roc) qui se trouve à portée de tout le monde. Jusqu’à présent on y avait dit la sainte messe les jours ordinaires, on y avait gardé la réserve et l’on y avait fait les exercices moins solennels. Lorsque par la négligence où on la laissée, cette chapelle aujourd’hui tombe en ruine et se trouve en état d’interdit. A mesure que chacun voit la suite qu’on en a désirant qu’elle soit de nouveau réparée, un projet qui fixe l’attention de tous est mis en avant. Il s’agirait en effet de reconstruire St Roc sur des dimensions de grandeur nécessaire pour contenir toute la population du lieu, de sorte qu’en ajoutant quelque argent aux frais que susciteraient les réparations de l’Eglise et la reconstruction de la chapelle, on aurait tout à la fois chapelle et Eglise, on aurait paré à tous les inconvénients, on aurait ainsi l’église au centre et à la portée de tous, on aurait réalisé les rêves de tous les temps et on aurait bien mérité de la postérité. Nous ne pourrions donc qu’applaudir à un tel projet et nous l’encouragerions avec toute la force et la joie de notre âme.

 

Le projet va vite être réalisé puisque l’enquête sur les lieux de culte de 1899 reconnaît que l’église actuelle a été bâtie en 1862 par les habitants au centre du village et qu’en même temps l’ancienne église paroissiale, délabrée, hors de portée est quasi abandonnée. On y dit la messe deux ou trois par an et pour les sépultures à cause du voisinage du cimetière (2 V 73, n° 159). R. Collier la décrit ainsi : l’église du haut, pratiquement désaffectée et pouvant remonter au milieu du XVIIe siècle, comprend d’abord une nef de deux travées voûtées d’arêtes peu saillantes, séparées par un doubleau aux pilastres à impostes composées d’un méplat et d’un talon ; plus une travée de chœur voûtée également d’arêtes et dans laquelle donnent deux chapelles latérales, une à droite, une à gauche ; enfin, un chœur rectangulaire, voûté d’arêtes. Sur la façade sud, clocher-tour de section carrée à étage supérieur percé de quatre baies.

 

Les deux descriptions de R. Collier ne correspondent pas aux données fournies par le texte de 1858. D’après ce dernier l’église du haut n’était qu’une petite chapelle presqu’en ruine et qui a été agrandie et reconstruite à la fin du XIXe siècle. L’église du bas, depuis son abandon comme paroissiale est délabrée, hors de portée et quasi abandonnée. Comme elle est de nouveau la paroisse, il a fallu y faire des réparations, nous ne savons à quelle date.

 

Synthèse

 

Nous pouvons avancer que l’église du bas, dédiée à Notre-Dame, a pu être la première paroisse avant l’établissement du village fortifié. En milieu ouvert et dédiée à la Vierge, ce sont deux indices de cette possibilité. Elle a continué sa fonction par la suite malgré son incommodité, la chapelle Saint-Roch, construite sans doute au cours du XVIe siècle pour se protéger des fléaux, a ensuite été agrandie au XIXe siècle pour servir de paroisse. Puis, par un retour naturel, Notre-Dame est redevenue la paroisse.

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[1] 1209 (AEA, CXXXV, p. 174-175) ; 1227 (AEA, CLXXI, p. 238-239) ; 1233 (AEA, n° CLXXIX, p. 252-256) 

 

Voir site Dignois