Daniel Thiery

Saint-Michel-l'Observatoire

 

SAINT-MICHEL-L’OBSERVATOIRE

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Forcalquier. La commune, de 2778 hectares, est située au sud de Forcalquier dans un milieu de plateaux et de collines à l’altitude moyenne de 500-600 mètres. Elle est limitée au sud par le Largue et quelques ruisseaux arrosent son territoire. Vitalisée durant l’Antiquité par le passage de la voie domitienne, la commune a livré de nombreux sites répartis depuis le Néolithique jusqu’à la période romaine (CAG, n° 192, p. 428-433). Elle a intégré en 1974 la commune de Lincel. Si la période gallo-romaine est bien représentée, le début du IIe millénaire a été également propice pour l’installation de plusieurs communautés religieuses. La population en 1315 dépassait les 800 habitants, une des plus importantes de la contrée.

 

439. Eglise Saint-Michel

 

Elle est située au haut de la colline où s’étage le village. C’est pourquoi elle est dite la plus haute église ou l’église haute par rapport à l’église paroissiale Saint-Pierre élevée au centre du village. La première mention semble relever des années 963 ou 967 lorsque l’évêque de Sisteron, Ours, fait don au monastère de Ganagobie, outre les églises de Peyruis et des hameaux d’Aris et d’Abuse, de l’église Saint-Michel [1]. Aucun auteur ne semble avoir relevé cette citation à part Abbayes et Prieurés qui mentionnent un prieuré donné à Cluny par l’évêque Ours (après 967), uni à la mense abbatiale de Ganagobie (p. 73). On ne sait combien de temps le prieuré demeure dans les mains de Ganagobie, mais, en 1118, on apprend, par une bulle du pape Gélase II, que le prieuré dépend de l’abbaye Saint-André-de-Villeneuve [2]. Le prieuré jouxte l’église Saint-Michel qui est desservie en 1274 par un capellanus et au XIVe siècle par un prior (Pouillés, p. 116 et GCN I, col. 472). Il conserva une communauté monastique jusqu’au XVe siècle selon Abbayes et Prieurés. L’église est datée communément du XIIe siècle mais a subi de nombreux remaniements ultérieurs [3]. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 avance la date du XIe siècle et reconnaît qu’à la plus haute église on y dit sept ou huit messes par an (2 V 73, n° 208). A l’époque de l’abbé Féraud, on avait oublié son histoire, le village est dominé par une antique église attenante au presbytère ; la tradition, appuyée sur des titres, porte qu’en ce lieu était jadis un couvent de moines (p. 335).

 

440. Chapelle Saint-Jean-de-Fuzils

 

Elle est située 2000 mètres au nord du village au quartier d’Aurifeuille [4]. Elle a d’abord appartenu à l’abbaye Saint-Victor de Marseille. En 1045, Adalaxia, fille de Boniface de Reillane décédé, donne, de son propre alleu, la moitié de la villa appellé Fuzilis, avec la moitié de l’église, etc. Le seigneur Raimbaud de Reillanne, archevêque d’Arles, est témoin. Durant ce même XIe siècle, dans la vallée de Reillanne, in Fuzils, l’abbaye possède quatre très bonnes manses que tient Bermundus Tranca Vias et qui doivent rendre, tous les ans, quatre modiées de bon blé annone (CSV I, n° 657, p. 650 et n° 42, p. 65). Ce n’est qu’en 1274 que l’on apprend la titulature de l’église : prior Sancti Johannis de Fusillis (Pouillés, p. 116). Le prieuré va devenir au XIIe siècle une dépendance de Saint-André-de-Villeneuve (Provence Romane 2, p. 86). Le site du prieuré qui est sur le carrefour de deux voies présumées antiques a révélé une occupation du Bas-Empire et du haut Moyen Age (CAG, p. 433). L’ancienne église est citée tout au long du XIXe siècle comme une chapelle rurale où l’on dit la messe trois fois par an, elle est qualifiée de passable. Il ne subsiste de la période romane du XIe siècle que l’abside appareillée et voûtée en cul-de-four. La chapelle fut restaurée et inscrite aux MH en 1979 (Provence Romane 2, p. 86 et R. Collier, p. 145).

 

441. Prieuré Saint-Paul

 

La première mention de ce prieuré date de 1274 où il est cité en compagnie de l’église Saint-Michel, ecclesia Sancti Paoli (Pouillés, p. 116). Il est desservi par un recteur au XIVe siècle, rector ecclesie Sancti Paoli (GCN I, Inst. col. 472). C’est Provence Romane 2 qui nous apprend que le prieuré dépendait de Carluc et donc de Montmajour. Il en donne une description qui fait constater qu’il ne subsiste de l’église qu’une minuscule chapelle rectangulaire couverte de lauzes. Il la compare à un oratoire qui ne constitue qu’une faible partie du prieuré de la seconde moitié du XIIe siècle. Il a été classé MH en 1930 [5]. La CAG signale un site antique et préhistorique, avec des tombes sous lauzes et des sarcophages au sud du prieuré. Il est probable que la chapelle a été élevée à l’emplacement même d’un mausolée antique (p. 432). Elle est située à 600 mètres au sud du village aux abords de la D 105. Cassini n° 122, la signale en ruine et au XIXe siècle elle n’est pas citée comme chapelle rurale.

 

442. Prieuré Hôpital Notre-Dame d’Ardène

 

Il est cité par les Pouillés en 1274, hospitale de Ardenna (p. 116) et Atlas et R. Collier font remonter sa fondation en 1209 (p. 197 et 145). Abbayes et Prieurés le cite comme prieuré Notre-Dame d’Ardène, dépendant de l’abbaye Saint-André-de-Villeneuve (n'est cependant pas cité par SAV). La CAG situe au prieuré d’Ardène, hospitia médiéval du XIIIe siècle, un relais antique présumé le long de la via Domitia, site antique et sarcophage (p. 430-431). Très restauré et propriété privée, il subsiste quelques traces de l’architecture romane. La chapelle est signalée en état par Cassini au quartier dit le Prieuré. Elle est située au SSE du village non loin du Largue aux abords de la N 100, sur le tracé probable de la voie domitienne et de la route médiévale d’Apt à Sisteron selon le cadastre de 1813.

 

443. Eglise Saint-Sauveur

 

Cette église est mentionnée par les Pouillés en 1274, ecclesia Sancti Salvatoris juxta Delphinum (p. 116). Elle est encore citée au XIVe siècle avec un prior Sancti Salvatoris propre Dalfinum (GCN I, Inst. col. 471). Elle est en effet située à l’est de la commune non loin de la limite communale avec celle de Dauphin. D’après la CAG dans le quartier St-Sauveur, à l’emplacement des ruines du village et de l’église du même nom, situées à environ 500 m à l’est des Eyssautiers et à 600 m du tracé supposé de la via Domitia (altitude : 430 m), site antique. La crypte de l’église Saint-Sauveur, enfouie sous un cabanon, servait probablement de lieu de culte durant l’Antiquité. Aux alentours, sarcophages en pierre (p. 431). Ce sont les seuls renseignements existant sur cette église, Cassini et le cadastre napoléonien l’ignorant totalement.

 

444. Chapelle Saint-Siméon

 

Elle est située sur l’ancienne commune de Lincel, au SE du village le long de la N 100, sur le passage de la voie médiévale et de la voie domitienne. R. Collier la met sous la double titulature de Sainte-Madeleine et de Saint-Syméon et ajoute qu’elle est mentionnée en 1155 (p. 140). Ce serait lors d’une bulle promulguée par le pape Adrien IV. Avec Atlas, nous apprenons qu’elle relève au XIIe siècle du chapitre de Forcalquier (p.180). C’est ce que confirme le GCN au XIVe siècle où la paroisse de Lincel dépend du chapitre de Forcalquier avec un chanoine prébandé, prebandatus de Lioncello (I, Inst. col. 471). Elle n’est pas signalée par la carte de Cassini mais figure par contre sur le cadastre de 1833, avec une abside en hémicycle orientée au NE (Section B 1, parcelle 326). R. Collier rapporte que cet humble édifice, en partie ruiné, est composé d’une nef et d’une abside en cul-de-four. L’appareil de taille indique le Moyen Age, sans doute le XIIIe siècle. Il est possible que cette chapelle soit la première paroisse ; établie en milieu ouvert, aux abords d’une voie de passage, sa titulature à sainte Marie-Madeleine a été reprise par l’église du castrum. Cette dernière est datée du XIIIe siècle (Collier, p. 120).

 

Synthèse

 

Saint-Michel offre au moins quatre édifices remontant à la période du haut Moyen Age. Saint-Jean-de-Fuzil, Saint-Paul, Ardène, et Saint-Sauveur sont tous implantés sur des sites antiques ayant livré en outre des sarcophages et des tombes sous lauzes. La richesse du terroir qui avait attiré les colons romains a également favorisé l’implantation de plusieurs abbayes, Saint-Victor, Montmajour, Saint-André-de-Villeneuve. Elles se sont installées sur les décombres antiques et de la période carolingienne, les mêmes sites offrant toujours les meilleures conditions de vie.

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[1] GCN I, col. 684 et note 2. GC II, p. 29. Les dates de l’épiscopat d’Ours divergent selon ces deux ouvrages. Le texte est tiré du Livre vert.

[2] Le prieuré est confirmé en 1165 par un accord établi entre Pierre IV archevêque d’Aix et Pons abbé de Saint-André (GCN I, Inst. Aix, col. 12).

[3] Description : Provence Romane 2, p. 179-186. R. Collier, p. 72, 75, 78, 96, 97, 458, 459, 461. Bailly, p. 46.

[4] Nous ignorons pourquoi Alpes Romanes 2 et R. Collier placent cette chapelle à l’est du village alors qu’elle est au nord.

[5] Provence Romane 2, p. 185-186. R. Collier, p. 96-97.

 

Voir site Dignois