Daniel Thiery

Saint-Pierre

 

SAINT-PIERRE

 

Faisait partie du diocèse de Glandèves et de la viguerie d’Annot, aujourd’hui dans le canton d’Entrevaux. Cette commune fait partie du Val de Chanan et est située entre les communes de La Rochette et de La Penne, cette dernière étant dans le département des Alpes-Maritimes. D’une petite superficie, 562 hectares, elle est vitalisée par le Vallon de Saint-Pierre ou de Besseuges au bord duquel sont établis les principaux hameaux. On ne connaît pas le nombre d’habitants en 1315, mais en 1471, le territoire est déclaré inhabité. Le maximum de population sera atteint en 1851 avec 207 habitants. La communauté religieuse va connaître trois lieux de culte successifs.

 

452. Le prieuré Saint-Pierre

 

C’est d’abord une évangélisation de la vallée par les moines de Saint-Victor qui créent une cella au lieu-dit Bono Vilare. Ils reçoivent en 1044 une église dédiée à saint Pierre appartenant à un certain Johannes et ses fils, ecclesia sancti Petri quam vocant ad Bonum Vilare. Ils donnent également un manse, deux bergeries, plusieurs vignes, un champ, un pré, deux sétérées de terre et quelques autres encore. Le prieuré va être cité jusqu’en 1337 comme dépendant de Saint-Victor [1]. Il est encore mentionné en 1351 et 1376 avec l’ecclesia Sancti Petri Boni Vilarii (Pouillés, p. 263-265). On n’a plus de nouvelle par la suite et il probable qu’il est abandonné lors de la période du XVe siècle, moment où le terroir est déclaré inhabité.

 

453. L’église Saint-Etienne

 

Un siècle et demi après l’arrivée des moines bénédictins de Saint-Victor, au cours du XIIe siècle, se crée un castrum ou village perché qui regroupe la population. Il est situé au nord du territoire sur un mamelon à 929 m d’altitude dominant le ravin de Besseuges. La carte IGN signale le site avec une tour ruinée et le nom de quartier Saint-Etienne. Le site et tout le quartier du hameau de Besseuges seront distraits de la commune pour être rattachés à celle de La Penne en 1760 [2] . Le castrum est dit castrum Pugeti de la Figeta par Bouche qui traduit par Poget Figete (p. 282) et l’église est appelée ecclesia de Podio Figete par les mêmes Pouillés que dessus. Elle est dédiée à saint Etienne. C’est sur ce puy que s’élève une tour de défense dont Achard donne une brève description : l’ancien village a été entièrement détruit. On n’y voit plus que quelques décombres, les restes d’une Tour et une Chapelle. La Tour étoit quarrée de seize pieds de largeur (environ 5 m), toute en pierres de taille, elle a encore environ quinze toises de hauteur (30 m environ) ; les personnes âgées disent l’avoir vue plus haute au moins du double, quoiqu’elles ne l’aient pas vue dans son entier (II, p. 146-147). Elle est également décrite par le « Dictionnaire des châteaux » : donjon carré de 5 m de côté, en bel appareil chaîné aux angles de bossages, et traces d’un château [3]. Il est probable qu’à la suite de la dépopulation le castrum a été abandonné et la population s’est installée en contrebas au lieu-dit la Chapelle.

 

454. La nouvelle église Saint-Etienne

 

Le déperchement a dû s’effectuer au cours du XVIe siècle, moment où la population repart. Elle s’installe en contrebas du castrum, 200 mètres en altitude plus bas au lieu-dit le Château par les cartes modernes, l’Eglise par le cadastre de 1817, St-Pierre Figette par la carte de Cassini (n° 168). Un nouveau château (1673) et une nouvelle église y sont élevés. Le cadastre figure parfaitement l’église accompagée du cimetière (Section A 1, parcelles 208 et 209). Elle a repris la titulature de la paroisse castrale, saint Etienne. Mais cette nouvelle paroisse ne va pas survivre très longtemps. Au XVIIIe siècle, le centre communautaire va de nouveau se déplacer et réinvestir le premier habitat, celui fondé par les moines de Saint-Victor au XIe siècle. C’est ce que fait constater Achard : la Chapelle étoit, jadis, la Paroisse dédiée à S. Etienne, premier Martyr. Elle paroit avoir été rebâtie. Par un usage qui date d’un tems immémorial, le Curé est obligé d’y dire ou d’y faire dire la Messe la seconde fête de Noël, de Pâques et de la Pentecôte.

 

455. Eglise Saint-Pierre

 

C’est encore Achard qui résume la situation : le village est connu sous le nom de S. Pierre, nom qui lui vient d’une Eglise dédiée à cet apôtre qui étoit auprès de l’emplacement de ce nouveau Village et qui appartenoit à un Monastère qu’il y avoit autrefois en ce lieu. Les religieux de ce Monastère étoient des Bénédictins ; leur Eglise est actuellement la Paroisse du lieu, la Maison qu’ils habitoient appartient à des particuliers qui payent encore aujourd’hui une redevance à MM. de S. Victor de Marseille. Le patron du lieu est l’apôtre S. Pierre et le Titulaire de la paroisse est S. Etienne, premier Martyr, Titulaire de l’ancienne Paroisse. La Paroisse n’a point d’annexe ; elle est desservie par le seul Curé que l’Evêque diocèsain nomme. Une tradition, qui n’est pourtant pas bien certaine, porte que les Moines, après avoir quitté ce pays, conservèrent pendant quelque tems le droit de nommer à la Cure ou plutôt d’y présenter ; dans la suite, ils abandonnèrent ce droit à l’Evêque et se contentèrent de retenir les terres qu’ils possèdent encore.

 

Ce nouveau village va prendre le nom de Saint-Pierre du nom du titulaire de l’église du prieuré. Il faut observer la fidèlité des habitants à leurs saints protecteurs. Si saint Pierre est le patron de la paroisse, saint Etienne reste le titulaire, les deux saints rassemblant l’histoire de la christianisation du terroir.

 

Synthèse

 

Quand les moines de Saint-Victor sont dotés de terres en 1044, ils reçoivent également des mains de laïcs une église dédiée à saint Pierre. On peut raisonnablement estimer que sa fondation remonte au moins à l’époque carolingienne, titulature, milieu ouvert convergent également dans ce sens. Ces laïcs se sont emparés des biens d’église au cours de la période du Xe siècle. Leurs descendants les rendent à des moines qui revitalisent le terroir. Le changement de société, enchâtellement, castrum, va détruire de nouveau le lieu de chrétienté, mais il sera réhabilité plusieurs siècles plus tard et redeviendra le lieu de rassemblement de la communauté.

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[1] CSV II, n° 783, 1044 : ecclesia sancti Petri quam vocant ad Bonum Vilare. N° 843, 1078 ; n° 848, 1113 ; n° 844, 1135 : cella sancti Petri de Bono Villari. N° 980, 1213 : prior Boni Vilarii. N° 1131, 1337 : prioratus Sancti Petri de Bono Villari.

[2] THEVENON Luc, « Où prier ? Qui prier dans la montagne ? », Territoire, seigneuries, communes, Mouans-Sartoux, 1987, p. 143.

[3] SALCH Ch.-L., Dictionnaire des châteaux et fortifications du Moyen Age en France, Publitotal, 1979, p. 887 et 1074. Pour J.-C. POTEUR c’est un donjon construit entre 1173 et 1230, Les grands donjons romans de Provence orientale, Centre d’Etude des Châteaux-Forts, 1995, p. 22. R. Collier, p. 311.

 

Voir site Dignois