Daniel Thiery

Valensole

 

VALENSOLE

 

Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Moustiers, aujourd’hui chef-lieu de canton. C’est une grande commune de 12777 hectares qui s’étend sur la rive gauche de la Durance sur le plateau du même nom à l’ouest de Riez. On ne connaît pas le nombre d’habitants en 1315, mais il en existait 660 en 1471. La population va atteindre 3117 habitants en 1765, puis 3151 en 1851 (Atlas, p. 205). Elle voisine les 2630 en 2006. Valensole apparaît dès le Xe siècle grâce aux biens possédés par la famille de saint Mayeul dans le territoire. Ils sont énumérés dans deux chartes de 909 du cartulaire de Cluny (CLU, n° 105-106, p. 117-120). C’est vers le milieu du même siècle que saint Mayeul fonde un prieuré clunisien dans sa maison familiale et que l’église Saint-Maxime élévée dans le village dépend des moines [1]. En 990, le comte Guillaume donne la villa Valenciola avec toutes ses dépendances tout en reconnaissant que l’église de Valensole est déjà aux mains des moines. Suivent les confronts qui couvrent la totalité du territoire de Valensole (CLU III, n° 1837, p. 80-81). L’église Saint-Maxime va être entièrement reconstruite à partir du XIIe siècle et prendre la titulature de saint Denis, mais devenue trop petite par rapport à la population on y greffa au XIVe siècle une nouvelle église sous le titre de saint Blaise tout en gardant saint Denis comme patron [2]. Vu l’étendue du territoire il existe trois paroisses et des chapelles disséminées un peu partout.

 

554. Eglise Sainte-Marie-Madeleine du Bars

 

Le hameau du Bars est situé tout au NO de la commune près de l’embouchure de l’Asse avec la Durance. Entre 994 et 1032, Eldebert et son épouse Stephania, dans le pagus de Riez, dans le castrum qui est appellé Albarno, donnent un manse au père abbé Odilon, manse exploité par Rainerius (CLU III, n° 2284, p. 413-414). Le Bars forme une communauté et même en castrum cité au début du XIIIe siècle, castrum Albarni (Bouche I, p. 233) [3]. Il existe une église citée en 1274, ecclesia de Albardo desservie par un capellanus qui n’est tenu à verser aucun décime, car dépendant des moines de Cluny de Valensole, de même que l’église (Pouillés, p. 108). Le territoire de Bars sera annexé à Valensole à la fin du XVe siècle. Bartel en 1636 cite l’église avec comme titulaire B. Magdalena de Albartio Vallis Assiae (p. 69). L’abbé Féraud la classe parmi les paroisses groupant les hameaux de La Combe, Moustarel, Maragonelle, des bastides du Bars et de la Val-d’Asse. Population : 200 âmes (p. 164). Le PR (n° 16, p. 83-84) date l’édifice du XVIII siècle. Mais il doit s’agir d’une reconstruction totale de l’édifice vu les citations antérieures. Il est en bon état aujourd’hui.

 

555. Chapelle Saint-Bonaventure

 

C’est un édifice aujourd’hui en ruine situé près du hameau de Maragonelle et qui était une annexe de la paroisse du Bars. L’abbé Féraud nous fait connaître le titulaire, saint Bonaventure. Elle est figurée par le cadastre napoléonien de 1826 en section B 3, parcelle 882. En 1860, 1866 et 1894, la chapelle rurale saint Bonaventure est convenable (2 V 92 et 93). Les restes décrits pas PR (n° 16, p. 88) présentent encore les murs, mais sans toiture. La chapelle est mentionnée lors d’une visite de 1763.

 

556. Chapelle Sainte-Marie-Madeleine de Villedieu

 

Le hameau de Villedieu est situé à l’ouest de la commune côtoyant la rive gauche de la Durance. Son territoire formait le castrum de Villadei cité en même temps que celui de Bars avec également une église mentionnée en 1274 desservie par un chapelain, ecclesie et capellanus de Villa Dei. L’ensemble était sous l’autorité des moines clunisiens de Valensole. Villedieu est déjà nommé le 26 mai 1037 sous la forme de Diliada, quand Guillaume, comte de Provence, donne et même rend à Cluny ce qui était de la possession de saint Mayeul, dans le diocèse de Riez. Ce sont les villa Diliada et de Septem Fontes (CLU IV, n° 2916 et 2917, p. 116-117). Si Diliada correspond à Villedieu, Sept Fonts pourrait être représenté par le toponyme l’Ubac de la Font Sainte, quartier situé à proximité du hameau de Bauquière signalé par la carte IGN [4]. Il est mentionné par Cassini sous sa forme originelle Font Sant. Le territoire de Villedieu sera annexé à Valensole à la fin du XVe siècle. Le territoire de Sept Font avant d’être donné à Cluny dépendait depuis 1018 de l’abbaye Saint-Victor. C’est la comtesse de Provence Adelaïs qui fait don aux moines de la villa Septem Fontes dans le comté de Riez. Les confronts ne laissent aucun doute sur sa localisation (CSV I, n° 631, p. 626-627).

 

L’église paroissiale de Villedieu est sous la même titulature que celle de Bars, B. M. Magdalenae de Villa Dia comme le mentionne Bartel (p. 69). Elle dessert les hameaux du Rousset, de la Fuste, de Ville-Dieu, des Chabrans, de Saint-Laurent, des Borels et des Bessons (Féraud, p. 164) ; le Rousset abrite un château et se trouve sur la commune de Gréoux-les-Bains. L’église, aujourd’hui chapelle, est décrite par plusieurs auteurs qui la datent du XIe siècle, du premier âge roman [5]. C’est un très bel édifice, situé en plein champ, accompagné du cimetière.

 

557. Chapelle Saint-Laurent

 

Saint-Laurent était un hameau situé entre les deux Villard et dont la chapelle, dédiée à saint Laurent, dépendait de la paroisse de Villedieu. Elle est citée lors des visites pastorales de 1860, 1866 et 1894 comme étant en bon état. Elle figure sur Cassini et le cadastre de 1826 (section H 4, parcelle 1013). Aujourd’hui, elle est en ruine, signalée par la carte IGN St Laurent. PR en fournit une description : d’assez grandes dimensions (13,60 m x 4,65 m dans œuvre), elle est construite en moellons et galets. La toiture est complètement effondrée… Une nef de trois travées retombant sur des pilastres rectangulaires à impostes moulurées, et terminée en cul-de-four, dont l’arc d’ouverture en cintre surbaissé… est appareillée en briques posées de chant. La porte d’entrée, à l’ouest, est appareillée en pierre de taille. Elle a été visitée en 1763 par l’évêque de Riez (PR n° 16, p. 90). D’après cette description, porte à l’ouest et position sur le cadastre, l’édifice est orienté le chevet vers l’est. Il est situé en plein champ près de deux hameaux appelés le Villard et sous la titulature d’un saint dont le nom était particulièrement honoré à partir du Xe siècle. On pourrait se trouver en présence d’un lieu de culte précastral, élevé pour desservir un habitat dispersé, que l’on peut situer vers le XIe siècle.

 

558. Chapelle Saint-Jean

 

Le quartier de Saint-Jean est situé au SE de Valensole et a donné son nom à la section D du cadastre napoléonien. Il enferme plusieurs fermes dont celles du Grand St Jean et du Petit St Jean. Auprès d’elles et près de la chapelle ont été repérées des occupations allant du néolithique au Haut Empire. Les murs de la chapelle renferment des fragments de dolia et de tegulae (CAG, p. 491). L’édifice est en plein champ et isolé. Il est mentionné par Cassini et par le cadastre napoléonien (section D 1, parcelle 316), figuré avec une abside en hémicycle orientée vers l’est. La chapelle n’est citée qu’une seule fois lors des visites pastorales du XIXe siècle, le 17 mars 1860, où l’on doute que la chapelle Saint Jean appartienne à la Fabrique (2 V 92).

 

Le PR la date du XVIIe siècle et la décrit comme une petite chapelle, son toit de tuiles rondes est en partie effondré, mais de dimensions modestes (7 m x 3 m dans œuvre), l’édifice pourrait encore être sauvé. C’est un bel exemple de petite chapelle du XVIIe siècle, à nef unique terminée par une abside en hémicycle et construite en moellons et galets de la Durance. Sa porte d’entrée à l’ouest, ainsi que les deux petites baies en plein cintre, hautes et étroites, qui percent ses murs nord et sud, et celle, rectangulaire, au-dessus de la porte d’entrée, sont appareillées de pierres de taille. Elle est mentionnée dans le procès-verbal de visite de 1763 … Chaque année, autrefois, les Valensolais se rendaient en procession à cette chapelle le jour de la Saint-Jean (n° 16, p. 89).

 

La datation proposée, XVIIe siècle, nous paraît beaucoup trop tardive. L’édifice est parfaitement orienté, ce qui est inhabituel pour cette période. Il présente une abside en cul-de-four, se trouve en plein champ, isolé, sur un site antique, avec un titulaire des origines du christianisme et objet d’une procession annuelle. La photo de l’abside proposée par le PR montre un appareil de petits modules disposés en lits assez réguliers. Ce sont toutes les caractéristiques d’une fondation précastrale, petit lieu de culte de proximité servant à desservir un habitat dispersé aux alentours. La nef a perdu sa couverture.

 

559. Chapelle Notre-Dame des Blaches ou d’Aubanet

 

C’est une chapelle en ruine citée par les cartes modernes près du hameau lui aussi ruiné d’Aubanet. Sur le cadastre napoléonien, il faut la placer à Jaubert situé immédiatement à l’ouest d’Aubanel. L’édifice est anciennement cité en 909 sous la forme d’une villa nomine Abia (ou Abiacum) cum ecclesia in honore Sanctae Mariae (CLU I, n° 105-106, p. 118 et 119). JP Poly interprète Abia, Abiacum comme étant situé à Aubanet (p. 88, note 84). L’église prend ensuite de nom de la B. Mariae de Blachiis, citée par Bartel (p. 69). L’édifice est signalé en état par la carte de Cassini dans le Canton de Notre Dame. Déjà détruit en 1836 sur le cadastre napoléonien, il n’en reste que quelques pierres.

 

560. L’église Saint-Etienne, puis Saint-Grégoire

 

Parmi les biens de la famille de saint Mayeul dénombrés sur le territoire de Valensole en 909, figure une villa nomine Marigas (n° 105, p. 118) ou une villa nomine Margis cum ecclesia Sancti Stephani (n° 106, p. 110). JP. Poly, dans les mêmes textes cités plus haut, assimile cette villa aux Grandes et Petites Marges, situés au SO de Valensole et l’église Saint-Etienne aurait subsisté sous la titulature de saint Grégoire, hameau situé immédiatement au sud des Marges. Le hameau avec son édifice sacré est cité par Bartel, S. Gregorii. Mais il n’apparaît pas sur Cassini et encore moins sur le cadastre napoléonien de 1836, il a totalement disparu. Le site des Grandes Marges a révélé un établissement rural isolé avec de nombreux fragments de tegulae et de dolia (CAG, p. 492).

 

561. Chapelle de la Sainte-Trinité

 

Elle est située entre les Marges et Saint-Grégoire, à l’est. D’ailleurs Bartel la cite en même temps que celle de Saint-Grégoire. Elle figure sur Cassini sous l’appellation la Trinité et en section F 4, parcelle 1565 du cadastre de 1836 avec une abside en hémicycle orientée vers le nord. PR indique qu’elle fut bâtie vers 1631, après la peste. Les petites dimensions de la chapelle (9,30 m x 4 m dans oeuvre), expliqueraient l’ouverture de la grande baie du sud, en plein cintre, qui devait permettre à la foule qui se pressait, sans pouvoir entrer, le jour du pèlerinage, de suivre la messe de l’extérieur. La chapelle est mentionnée en 1763 lors d’une visite pastorale (n° 16, p. 85).

 

562. Les chapelles de protection

 

Elles étaient situées aux abords de la ville et signalées par la carte de Cassini. A l’est, Notre-Dame des Anges, Saint-Claude et Saint-Pierre ; au nord Sainte-Anne ; à l’ouest Saint-Roch et Saint-Barthélemy. Le cadastre de 1836 en signale une autre, au sud-ouest, Saint-Elzéar dont le toponyme figure encore sur les cartes actuelles.

 

Synthèse

 

Le territoire de Valensole se révèle particulièrement riche, surtout grâce à la documentation fournie par le cartulaire de Cluny. Au début du Xe siècle, sont recensées plusieurs églises : Saint-Maxime à Valensole même, Notre-Dame des Blaches à Aubanet et l’église Saint-Etienne des Marges. Au début du XIe siècle c’est l’église de Bars et qui au début du XIIIe siècle est mentionnée comme église d’un castrum ; de même pour celle de Villedieu. Sans citations formelles, nous attribuons cependant une fondation antérieure aux castra aux chapelles Saint-Jean et Saint-Laurent. Pour les autres, le doute subsiste.

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[1] Pour plus de détails et de renseignements consulter, Saint Mayeul et son temps. Actes du Congrès International, Valensole 12-14 mai 1994, SSL, Digne, 1997, 332 pages.

[2] Une courte description en est donnée par R. Collier, p. 178. Une autre, beaucoup plus longue et documentée, est parue dans PR, n° 16, 1993, p. 13-75.

[3] Il est probable que le castrum était établi sur la colline de la Moutte où a été repérée une motte castrale médiévale (CA, p. 493-493).

[4] JP Poly fait provenir Diliada d’une cacographie de Biladia, peut-être du nom d’homme Velledius, plus tard entendue comme -la ville Dieu- (in Saint Mayeul et son temps, p. 181 (115).

[5] Alpes Romanes, p. 64. Collier, p. 57. PR, n° 16, p. 81-82.

 

Voir site Dignois