Daniel Thiery

Volx

 

VOLX

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Manosque Nord. La commune, de 1952 hectares, est située sur la rive droite de la Durance entre les communes de Manosque au sud et de Villeneuve au nord. Elle est dans le même contexte de terrain que cette dernière commune. Elle est bien peuplée en 1315 avec 600 habitants. Elle en perd la moitié au XVe siècle pour ensuite progresser spectaculairement avec 702 habitants en 1765, 956 en 1851, 1334 en 1962, plus de 2800 actuellement (Atlas, p. 206).

 

Les historiens actuels ne mettent plus guère en doute la charte du 26 mars 812 par laquelle l’évêque de Sisteron Jean II fonde une abbaye bénédictine au lieu-dit Baulis, que l’on place dans la commune de Volx. Par cette charte, l’évêque donne les églises en l’honneur de la sainte mère de Dieu, celle de Saint-Jean le précurseur et baptiste avec le baptistère très ancien (antiquito), une autre église en l’honneur de saint Etienne protomartyr, et une autre de saint Martin confesseur, dans le comté et diocèse de Sisteron, sous le mont, au lieu-dit appelé Baulis, avec tous les droits dépendant de notre siège épiscopal de Sisteron. Lesquelles choses sont faites sous le conseil et l’aide de notre seigneur très glorieux et très pieux Charlemagne. Le monastère sera établi sous la règle de saint Benoît et sera occupé par douze religieux sous l’autorité du dénommé Adémar. En outre, nous concédons une autre église dédiée à saint Saturnin (GCNI, Inst. col. 440).

 

Le texte présente d’abord la donation de quatre églises dont il est dit par la suite qu’elles sont in circuitu, dans le même endroit consacré. Puis c’est la donation d’une cinquième, celle de Saint-Saturnin que nous avons placé sur la commune voisine de Villeneuve (voir monographie de cette commune). La vie du monastère n’a pas dû être très longue à cause des fléaux qui s’abattent sur la Provence au Xe siècle. Mais les églises ont cependant perduré et nous allons tenter de les retrouver.

 

590. Notre-Dame de Baulis

 

Il s’agit de l’ancienne église paroissiale après avoir été l’église du monastère bénédictin fondé en 812 et devenue prieuré lors de sa réunion à l’abbaye de Psalmody en 1029 [1]. Voici ce qu’en dit Provence Romane 2 : c’est au pied de cette colline et tout près du village de Volx que se trouvait le monastère fondé en 812, avec l’appui de Charlemagne, par l’évêque Jean II de Sisteron … Au début du XIe siècle, cette maison fut rattachée à l’abbaye de Psalmodi en Languedoc, dont elle devint un simple prieuré. La chapelle de ce monastère communément connue sous le nom de Sainte-Victoire et entourée d’un cimetière se voyait encore à la fin du XIXe siècle (p. 247). R. Collier est plus précis : la chapelle Sainte-Victoire, ou mieux Notre-Dame de Baulis, située dans l’ancien cimetière de Volx et détruite en 1906, se donne pour l’acte de fondation d’une abbaye bénédictine au lieu-dit Baulis. L’église - ou plutôt sa devancière - fut donné en 1029 à l’abbaye de Psalmodi et cessa d’être paroissiale en 1648 (p. 97). Déjà les visites pastorales du XIXe siècle laissaient présager cette fin. En 1858, il y a une ancienne chapelle au cimetière qu’il s’agit de restaurer. Puis en 1890 et 1892, chapelle rurale ND de Baulis en ruine dans l’ancien cimetière (2 V 88, 90 et 93). La CAG fait état de la découverte à proximité de la chapelle d’un autel antique dédiée à la Victoire ainsi que d’une tombe sous lauzes et d’une autre sous tuiles (p. 508).

 

591. Saint-Jean et le baptistère

 

C’est la deuxième église mentionnée en 812. Elle est sous le titre de Jean le Précurseur dit aussi le Baptiste. Elle est jointe à un baptistère qualifiée d’antiquito. On n’a plus de nouvelles d’elle par la suite et Achard reconnaît son ignorance. La CAG situe un quartier Saint-Jean dans la zone aujourd’hui urbanisée située au sud du vieux village. On y a découvert un habitat du Haut Empire (p. 510). Pour les archéologues l’église pouvait se trouver là, mais peut-être au lieu-dit Les Quatre-Tours à Villeneuve. Quant au baptistère, il pourrait se situer au quartier de la Magdeleine où se trouvait une grande villa antique. Parmi les ruines, un édifice circulaire voûté, hexagonal à l’intérieur que l’on a pris pour une chapelle et qui pourrait correspondre au baptistère (CAG, p. 510). La carte de Cassini en tout cas signale une chapelle à la Madelaine.

 

592. Saint-Martin

 

A 1500 mètres au NO de Volx est situé un quartier St-Martin. C’est là que certains auteurs situent l’église mentionnée en 812. Achard est plus précis : il est certain qu’on ne trouve que des vestiges de celle de St-Martin, derrière la montagne de Volx, au quartier des Hubats (III, p. 120). La carte de Cassini ne la signale pas.

 

593. Eglise Saint-Cannat

 

C’est encore Achard qui nous fait découvrir cette église : N-D de Baulis acquit peu de temps après une 4e église ; c’est celle de St-Cannat, dont on voit encore quelques débris, au quartier connu sous le nom de ce St, près de l’embouchure du Largue (III, p. 120). Le toponyme figure sur la commune de Villeneuve en limite avec celle de Volx près de la Bastide Neuve. Il apparaît sur le plan cadastral et les cartes modernes mais sans édifice.

 

594. Chapelle Saint-Clément

 

Elle n’est citée par aucun texte mais figure comme édifice religieux sur la carte de Cassini. On a découvert aux alentours des tombes, des céramiques, des tuiles antiques (CAG, p. 510).

 

Synthèse

 

C’est lorque l’on possède une bonne documentation que l’on perçoit la densité des églises sur un terroir, ici pas moins de quatre. On a constaté le même phénomène au début du XIe siècle à Saint-Martin-de-Bromes. Sur les quatre, seule Notre-Dame de Baulis a perduré jusqu’au tout début du XXe siècle, les autres ayant disparu depuis longtemps. Il en est également de même de l’église Saint-Etienne qui n’a laissé aucune trace.

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[1] Collier, p. 97. Abbayes et Prieurés, II, p. 97. Achard III, p. 121. Souvenirs religieux, p. 21-22. Provence Romane 2, p. 247.

 

 Voir site Dignois