Daniel Thiery

La Bréole

 

LA BREOLE

 

Faisait partie du diocèse d’Embrun et de la viguerie de Seyne, aujourd’hui dans le canton du Lauzet-Ubaye. Le terroir, de près de 4000 hectares, est partagé entre une zone de collines et une zone de montagnes. Domaine du comte de Provence, La Bréole est érigée en consulat au XIIIe (Atlas, p. 166). A partir de 1079, deux prieurés sous le titre de saint Pierre et de Sainte-Marie sont cités comme appartenant aux moines de Saint-Victor. Celui de Saint-Pierre deviendra l’église paroissiale. L’autre demeure pour l’instant inconnu. Deux autres prieurés apparaissent vers 1100, Saint-Geniez et Saint-Marcellin.

 

CSV

 

1079 (II, n° 843, p. 218). Cella ad Bredola

1080-1085 (II, n° 699, p. 42). Ecclesia sancti Petri de Bredola et aliam sancte Marie

N.D avec EP de La Bréole

1113 (II, n° 848, p. 238). Ecclesia Sancte Marie de Bredola cum ecclesia parrochiali

1135 (II, n° 844, p. 227). Ecclesia Sancte Marie de Bredola cum ecclesia parrochiali

1242 (II, n° 1021, p. 481) Prior de Bredula

337 (II, n° 1131, p. 619). Prieuré de Bredula

Vers 1100 St-Geniez, St-Marcellin et Saint-Pierre à La Bréole (BARATIER Le temporel de Saint-Victor (p. 426).

 

Le territoire va être divisé en quatre paroisses. La Bréole avec une église dédiée à saint Pierre, la paroisse de Costebelle avec comme patron saint Marcellin, Charamel et sa paroisse Saint-Marc et La Garde sous le titre de saint Barthélemy. Seules les paroisses de La Bréole et de Costebelle présentent des chapelles rurales.

 

72. La paroisse Saint-Pierre

 

L’église paroissiale dédiée à saint Pierre est élevée près du château et côtoie le cimetière du nouvel habitat perché qui a dû se former au cours du XIe siècle. Elle est en effet citée vers 1100 comme dépendant de Saint-Victor et est desservie par un prior cité en 1351 et 1376. Selon l’abbé Féraud, le château était bâti sur une masse de rochers, dont la majeure partie n’offrait que des précipices inaccessibles. Durant les guerres de Religion, le siège de la forteresse dure 7 jours à partir du 5 novembre 1586. C’est la fin du village perché. Le coutumier de 1835 relate que le lundi de Pentecôte, il y a une procession extraordinaire sur le sommet d’une montagne. L’abbé Féraud ajoute : du château et de l’ancien village dont il ne reste plus que quelques masures et des vestiges de l’ancien cimetière, on y allait en procession le jour de l’Ascension et le 29 juin. Le 29 juin, fête de saint Pierre, rappelle la titulature de l’église paroissiale. Il ne reste alors que les vestiges du cimetière, seul rescapé des destructions et de la désertion du village.

 

La nouvelle paroisse va se fixer dans le village actuel à la fin du XVIe siècle quand les guerres de Religion sont terminées. Il est possible qu’elle ait été construite sur l’emplacement de l’église du prieuré dédié à Sainte-Marie, Notre-Dame de la Mûre d’après Achard, qui elle aussi a dû être endommagée sinon ruinée. La nouvelle église est en effet parfaitement orientée, le chevet tourné vers l’est. A cette époque on n’orientait plus les constructions neuves, ce qui signifie qu’elle a repris le même tracé défini au XIIe siècle. On a seulement changé la titulature en reprenant celle de la première église alors ruinée, Saint-Pierre. C’est une constante souvent relevée.

 

72/1. Saint-Marcellin de Costebelle

 

Costebelle constitue la section B du cadastre de 1812 et est formé de plusieurs petits hameaux avec Costebelle, Chancelas, les Laphonds et les Gourands, totalisant 93 habitants en 1906. L’église est située près des Laphonds.

 

Elle est datée communément du XVIIIe mais elle est déjà citée comme prieuré vers l’an 1100 dépendante de Saint-Victor. Elle est sous la titulature de saint Marcellin, premier évêque d’Embrun et évangélisateur de la contrée. Il est possible que la fondation de cette église remonte au haut Moyen Age pour plusieurs raisons. Elle est implantée en milieu ouvert, non défensif, non orientée, déjà existante en 1100, sans doute objet d’un don par des laïcs au XIe siècle à l’abbaye de Saint-Victor. L’augmentation de la population à partir du début du XVIIIe siècle a poussé l’autorité ecclésiastique à en faire une paroisse à part entière, avec une reconstruction plus vaste, avec clocher, baptistère, cimetière et desservant.

 

72/2. Saint-Marc à Charamel

 

Charamel constitue la section D du cadastre napoléonien et abrite trois hameaux et fermes, Charamel Haut, l’Eygaye, Fermeyer avec 100 habitants en 1906. L’église est implantée à l’Eygaye accompagnée du cimetière. Elle est dédiée à saint Marc l’évangéliste, saint des origines du christianisme, ce qui fait supposer une fondation plus ancienne que le XVIIIe siècle. L’abbé Féraud date son édification de 1695 et le claveau central de la porte d’entrée indique la date de 1860, signe d’une réfection. Le 21 novembre 1750 le curé de la Bréole vient procéder à la bénédiction d’une cloche pour la succursale de Charamel sous les noms de Marc, Vincent, Joseph et Marie (BMS). Cette date peut correspondre à la construction du clocher qui s’élève, très fin et élancé, à quelques pas de l’église, sans y être accolé.

 

72/3. Saint-Barthélemy à la Garde

 

La Garde constitue la section E du cadastre napoléonien avec deux hameaux principaux, la Garde et l’Aiguille ainsi que quelques fermes isolées. Une église sous le titre de Saint-Barthélemy est élevée en 1695 selon l’abbé Féraud. Une grosse cuve baptismale rustique devant l’église rappelle sa fonction paroissiale durant quelque temps. La titulature à saint Barthélemy a été souvent attribuée après les épisodes des guerres et de la peste du XVe siècle comme saint protecteur et thérapeute. Cette église semble moins importante que les deux premières, les actes paroissiaux la qualifiant d’église ou chapelle. Il faut noter au nord de la Garde deux quartiers nommé le Villar et Sur Villar indiquant un habitat ruiné et déserté à base du vocable ville renvoyant à la période carolingienne.

 

72/4. Prieuré Saint-Geniez

 

Ce saint, martyr d’Arles au IIIe siècle, est intimement lié à l’abbaye de Saint-Victor. Les moines de Saint-Cassien fondèrent au Ve siècle à Marseille un prieuré dédié à saint Geniez et une abbaye à saint Victor. De nombreuses églises et des prieurés furent mis par Saint-Victor sous la protection de ce saint. Non loin de La Bréole se trouve la commune de Saint-Geniez-de-Dromon qui a pris son nom d’un prieuré dédié à ce saint fondé par les Victorins.

 

Un prieuré de Saint-Geniez est cité vers 1100 à la Bréole dépendant de Saint-Victor. Pour le situer nous n’avons aucun indice toponymique. Cependant il existe deux possibilités : l’église de la Garde et celle de Charamel, puisque leurs titulaires ne correspondent pas aux prieurés cités au XIIe siècle. Nous opterons pour la Garde et son titulaire saint Barthélemy. Ce dernier est souvent adopté comme remplaçant à partir du XVIe siècle un titulaire perçu comme moins protecteur. Il était plus difficile de détrôner saint Marc à Charamel avec son statut d’évangéliste.

 

73. Chapelle Saint-Joseph

 

Elle est citée de 1858 à 1920 sur la paroisse de La Bréole, la plupart du temps qualifiée de propre. Il nous a été impossible de la repérer, elle semble avoir complètement disparue.

 

74. Les chapelles Saint-Pancrace et Saint-Roch

 

Situées dans la paroisse de Costebelle, en 1860 elles sont qualifiées de propres, puis en 1867 Saint-Pancrace est en mauvais état, St-Roch, mieux. Situation que l’on retrouve en 1892, deux chapelles rurales dont une en mauvais état. Enfin, le 19 novembre 1919, autrefois, il existait deux chapelles rurales, aujourd’hui elles tombent en ruine. La carte IGN signale un oratoire sous le titre de Saint-Pancrace à 500 m à l’ouest de Costebelle [1].

 

Synthèse

 

Quatre églises citées en 1079 et 1100, Sainte-Marie, Saint-Pierre Saint-Geniez et Saint-Marcellin semblent relever des premières paroisses fondées au cours du XIe siècle par les moines bénédictins. Abandonnées lors de l’enchâtellement, celle de Sainte-Marie va disparaître ; par contre Saint-Pierre va redevenir paroisse lors de l’abandon du site perché. Les deux autres vont devenir paroisses et terminer en chapelles.

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[1] Visites pastorales de 1858, 1860, 1867, 1873 (2V 88), 1892 (2 V 94) 1919 et 1920 (2 V 95). 

 

Voir site Dignois