Daniel Thiery

Le Castellet

 

LE CASTELLET

 

Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Riez, aujourd’hui dans le canton des Mées. Au nord de Valensole, la commune occupe une superficie de 1887 hectares sur le plateau de Valensole, arrosée par deux torrents, l’Asse et le Rancure près duquel est établi le village du Castellet. Le castrum du Castelletum apparaît au début du XIIIe siècle avec la dénomination d’Antravenis pour le distinguer des autres Castellet [1]. Les Pouillés de 1274 (p. 106) nous font découvrir trois établissements religieux avec un vicarius Castelleti, un prior Sancti Petri de Castelleto et un prior de Taillas. Le vicaire dessert l’église paroissiale dédiée à saint Pierre dont on remonte la construction à 1622 (Atlas, Féraud). Il faut peut-être alors comprendre que cette nouvelle église a remplacé celle du castrum situé à Villevieille, où, selon Féraud (p. 193), il y avait un vaste et beau château dont il ne reste plus que les décombres.

 

90. Le prieuré Saint-Pierre

 

Ce prieuré, sous le titre de saint Pierre, est signalé dépendant de l’abbaye Saint-André de Villeneuve par Atlas (carte n° 75), et Abbayes et Prieurés (p. 62). La première mention remonte à 1274 par les Pouillés, prior Sancti Petri de Castelleto (p. 106). Abbayes et Prieurés ajoute que le prieuré fut uni à l’infirmerie au XIIIe siècle (p. 62). Dans le compte des décimes de l’année 1351, l’ecclesia Sancti Petri de Antravenis, identifiée par l’auteur des Pouillés (p. 111) comme étant Saint-Pierre, près le Castellet, est considérée comme une église secularium et non monacorum. On ignore la date de fondation de ce prieuré dépendant de l’abbaye bénédictine Saint-André de Villeneuve, les revenus étant attestés aux XIIe et XIIIe siècles (SAV, p. 217). Il est intéressant de noter que l’église paroissiale du Castellet est, elle aussi, sous la titulature de saint Pierre. Il est probable que le prieuré soit alors l’église pré castrale du territoire et que sa titulature se soit transmise, comme bien souvent, à l’église du castrum construite par la suite.

 

Achard signale le prieuré comme rural : il y a un Prieuré rural sous le titre de S. Pierre. Il est également cité par Cassini (n° 153) avec une chapelle en état. Curieusement, l’abbé Féraud n’en parle pas. Pourtant, la chapelle est encore en état en 1888, une chapelle près du village, à St-Pierre patron du lieu et en 1891, une chapelle rurale à 1 kil, St-Pierre. L’année suivante, il faut la réparer et le 19 novembre 1894, la chapelle de St-Pierre : les réparations demandées et indispensables n’ayant pas été faites, nous déclarons de nouveau qu’aucune cérémonie religieuse ne pourra y être faite jusqu’après des réparations convenables [2]. Il n’en est fait plus aucune mention par la suite, les réparations n’ayant pas été effectuées, la chapelle du prieuré tombe en ruine. Il n’en reste plus, sur les cartes modernes, que la mention le Prieuré, Anc. Chap. et une abside de facture romane intégrée à un hangar agricole abandonné [3]. Il est situé au confluent du torrent de Puimichel et du torrent de Rancure, à 1 kil au NE du village.

 

91. Le prieuré rural Saint-Pierre de Taillas

 

Taillas réunit un château et un domaine qui s’étend le long de l’Asse, à plus de 5 km au sud du village du Castellet. Au Moyen Age il constituait un fief distinct comptant 5 feux en 1315 (Atlas, p. 169). Une occupation antique se révèle à proximité du château par la présence d’une villa relativement importante. Le domaine de Taillas pourrait avoir des origines antiques (CAG, n° 041, p. 125). En outre, une voie antique présumée venant de Bras d’Asse, suivait la rivière par la rive droite, passait par Taillas pour rejoindre la Durance. La communauté médiévale de Taillas, répartie en fermes dans la campagne était desservie par une église dédiée à saint Pierre. Elle est citée par les Pouillés vers 1350 avec un prior de Teillars, puis en 1351 avec une ecclesia Sancti Petri de Telhars. Bartel confirme cette titulature, prieuré rural Saint-Pierre, mais le place sur la commune de Brunet (p. 69). Il semble que ce soit un édifice construit près du château. C’est ce que suggère Achard : à Taillas, il y a un prieuré rural sous le titre de saint Pierre. La chapelle continue d’être citée lors des visites pastorales du XIXe siècle. En 1845 et 1865, chapelle rurale de la campagne de Taillas ; en 1888, 1892, une chapelle rurale au château de Taillas ; en 1894, la chapelle est qualifiée de domestique, c’est-à-dire privée.

 

92. Notre-Dame de Taillas

 

Quatre lieux-dits Notre-Dame sont encore cités par les cartes IGN modernes. L’un est situé à 1000 m à l’est du château de Taillas, les trois autres au NE du château, à 1000 m et 1500 m, le second signalant une ruine et le dernier dit Notre-Dame de Taillas. La carte de Cassini (n° 153) situe à ce dernier endroit une chapelle en état sous la même appellation. Deux problèmes surgissent au sujet de ce Notre-Dame. D’abord la carte IGN moderne situe Notre-Dame de Taillas et Notre-Dame, ruines sur la commune d’Entrevennes, en limite communale avec la commune du Castellet. En deuxième lieu, aucune mention n’est faite de cette chapelle, à aucune époque de l’histoire, aussi bien sur la commune du Castellet que sur celle d’Entrevennes. Elle existait pourtant bien à l’époque de la carte de Cassini puisqu’elle y figure. Son origine reste obscure jusqu’à ce que d’autres témoins puissent nous en apprendre davantage.

 

Synthèse

 

Il est probable que le prieuré Saint-Pierre du Castellet soit la première paroisse du territoire avant l’élévation d’une nouvelle église dans le village fortifié, qui reprend d’ailleurs la même titulature. Le domaine de Taillas, après avoir été le siège d’une villa romaine, a pu perdurer lors de la période carolingienne puis reprendre vie au début du XIe siècle. Le domaine et la campagne alentour étaient vitalisés par une église élevée près du domaine

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[1] GCN, I, diocèse de Riez, col. 560. Enquêtes de 1252, n° 568, p. 359.

[2] Visites pastorales de l’évêque de Digne, ADAHP, 2 V 93 et 94.

[3] Mention fournie par Les Carnets du patrimoine. Haute Provence, Vaucluse, Guides Massin, 2000, p. 220. Lors de notre visite du 11 octobre 2008, nous avons constaté que l’abside a été restaurée et fait partie d’une maison d’habitation.

 

Voir site Dignois