Daniel Thiery

Curbans

 

CURBANS

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. La commune est située sur la rive gauche de la Durance sur une large terrasse permettant les cultures vivrières. Au-delà, vers l’est, une zone de collines s’étage pour se transformer en véritables montagnes culminant à près de 1500 mètres. Provenant de Sisteron, une ancienne voie qualifiée de strata publica au Moyen Age traverse le territoire et passe au pied de la colline où s’est construit le village. Il s’agit du castrum de Curban mentionné vers 1200 où s’est regroupée la population. Une église, que l’on date du deuxième âge roman, est construite au sommet de la colline sous le titre de l’Assomption de Notre Dame.

 

134. La première église Saint-Pierre

 

Au pied de la colline et sur la voie, se dresse encore un bel édifice de l’époque romane classé Monument Historique en 1975. Sous la titulature de Saint-Pierre, il est entouré du cimetière. Parmi les deux auteurs qui en ont fait une description, Jacques Thirion remarque que l’église devait être simplement charpentée à l’origine à cause de la faible épaisseur des murs [1]. Pour notre part, nous estimons que si l’église dans son ensemble date du XIIe siècle, elle a pu recouvrir un édifice plus ancien. Le fait qu’il ait d’abord été couvert par une charpente indique les Xe-XIe siècle, la voûte ne devenant systématique qu’à partir du XIIe siècle. D’autre part, le mur sud présente à la base un appareil de galets disposés en lits qui renvoie également au premier âge roman. Cette église, bien orientée, est implantée en milieu ouvert, non défensif, près d’un ruisseau, sur la voie et antérieure au castrum. Elle correspond à l’une de ces premières églises rurales, mais sans connaître qui l’a fondée et à quelle date.

 

135. Le prieuré Notre-Dame du Pin

 

S’il n’y a pas de doute sur son appartenance à l’ordre de Saint-Jérôme à partir du XIVe siècle, à l’origine, il aurait été créé par les bénédictins de l’Ile Barbe de Lyon puis serait passé dans les mains de l’abbaye de Psamoldy dans le Gard. C’est ce qu’indiquent certains auteurs [2]. Cependant l’abbé Fillet est formel, le prieuré du Pin est mentionné par le cartulaire de l’Ile barbe à la fin du XIIIe siècle [3]. L’un des auteurs ne signale pas l’Ile Barbe mais reconnaît que l’abbaye de Psamody le détenait depuis 1230 [4]. Le hameau du Pin qui regroupe quelques fermes, attirait à lui d’autres fermes proches établies sur la première terrasse dominant la Durance, terre fertile et aisée à mettre en valeur par sa large surface plane. Si le cimetière a disparu, l’édifice subsiste encore, servant encore quelquefois au culte. Qualifié d’église au XVIIe siècle, il deviendra simple chapelle par la suite, seule la cuve baptismale rappelle son ancien statut. C’est un petit édifice à chevet plat de 34 m² aux murs épais de 0,75 m insuffisants pour soutenir une voûte, ce qui a nécessité la pose de tirants en fer. Seule l’orientation vers le sud ne correspond pas aux données habituelles, à moins que sa fondation ne soit antérieure au Xe siècle, époque où l’orientation vers l’est n’était pas systématique [5]. L’église est sous le titre de Notre-Dame de l’Immaculée Conception.

 

136. L’ermitage de Saint-Jérôme

 

L’ordre des Hiéronymites ou Frères ermites de Saint-Jérôme fut fondé en 1372 en Espagne. Leur unique prieuré en France fut celui de Curbans établi en 1396 par une bulle de Benoît XIII. L’ermitage était à l’écart, au fond et en haut de la gorge étroite du torrent de l’Usclaye, au pied de la montagne de Malaup. Les ermites y avaient construit des cellules, une chapelle et un cimetière réservé à leur usage. Les cartes IGN modernes signalent le lieu-dit St-Jérôme à l’altitude de 1165 m. L’endroit sauvage et désertique était favorable à la solitude érémitique mais impropre à toute culture. Aussi, il leur fut attribué le domaine du Pin pour subvenir à leurs besoins. Ils assuraient en contrepartie le service religieux de l’église. Ils le gardèrent jusqu’en 1608 où par ordonnance épiscopale de l’archevêché d’Embrun, le prieuré de ND du Pin, ordre de St-Jérôme, est affecté, ainsi que ses revenus, à l’œuvre du séminaire diocésain [6]. C’était la fin des ermites de Saint-Jérôme en France. Le domaine du Pin consistait en l’église et le cimetière, deux maisons, une grange, un régale, une terre appelée la Condamine, pré, vigne, jardins, le tout joint ensemble. Vendu à la Révolution, l’ancien ermitage fut vandalisé par le propriétaire. En quête de trésor, il renversa les pans de murs subsistants, fouilla le cimetière et jeta les ossements dans le ravin. Aujourd’hui, il ne subsiste plus que le nom du quartier où les ermites s’étaient retirés [7].

 

137. La chapelle du Col de Blaux

 

Un hameau va prendre au cours du XVIIe siècle de plus en plus d’importance, celui du Col de Blaux. A tel point que le 6 novembre 1716 est passée une convention par devant Me Hodoul notaire à la Motte du Caire, d’après laquelle les habitants du Col de Blaux, hameau de Curbans, s’engagent à entretenir à perpétuité une chapelle fondée sous le titre de saint Joseph et de saint François [8]. Ce hameau est perché à 1093 mètres à un col qui fait communiquer le Val de Durance au Grand Vallon où sont établis les villages de Faucon-du-Caire, du Caire et de la Motte-du-Caire. En 1880, il existe 62 habitants avec 4 garçons et 7 filles qui sont enseignés dans une école temporaire. Elle sera fermée en 1912. La chapelle menace déjà ruine en 1857 et l’évêque demande que les habitants auront à faire les réparations projetées sous peine d’interdit avant le 1er juin 1858. Rien n’ayant été fait, le 14 septembre 1867 l’évêque la déclare interdite [9]. Les ruines subsistantes des maisons et de la chapelle ont été entièrement rasées par la municipalité en 1997.

 

Synthèse

 

Le site de l’ancienne église Saint-Pierre, au bord de la voie, est antérieur au castrum qui lui a succédé sur la colline. Sa fondation date au moins du début du XIe siècle.

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[1] THIRION Jacques, Alpes Romanes, Zodiaque, 1980, p. 386-390 (photos p. 112-113). COLLIERp. 62.

[2] ATLAS, carte n° 75. La carte indique les deux couvents successivement.

[3]FILLET L. Abbé, L’ile Barbe et ses colonies du Dauphiné, Valence, 1895-1905, p. 93. Références du cartulaire : p. 174, 177, 184 et 286.

[4] ANDRIEU A., Les ermites de Saint-Jérôme de Curbans, BSSL des BA, T. XX, 1924-1925, p. 66-69 et 140-144. Voir également LAPLANE Edouard de, Histoire de Sisteron, Digne, 1843, T. I, p. 272-273 qui leur attribue également le domaine du Gaure à Sisteron.

[5] Ce n’est qu’à partir du XIe-XIIe siècle que l’orientation des églises vers l’est deviendra quasi systématique, à part les cas où la disposition du terrain ne le permettait pas. C’est le fait de l’église du village de Curbans perchée sur une arête rocheuse orientée à 40 °.

[6] ADHA G 853.

[7] Sur cet ermitage. ANDRIEU A., « Les ermites de Saint-Jérôme de Curbans », BSSL, T. XX, 1924-1925, p. 66-69. LAPLANE E. Histoire de Sisteron, Digne, 1843, T. I, p. 272-273. CHAILLAN Abbé, manuscrit dans les comptes de Fabrique de Curbans (ADAHP).

[8] ADHA, G 953.

[9] Visites pastorales de l’évêché de Digne, 2 V 89 et 93.

 

Voir site Dignois