Daniel Thiery

Dauphin

 

DAUPHIN

 

La commune est située à une dizaine de kilomètres au sud de Forcalquier et comprend à peine 1000 hectares, mais elle est composée d’une vaste plaine favorable aux cultures vivrières. La limite nord de la commune est formée par l’antique via Domitia. Ce passage et la situation géographique ont favorisé l’implantation humaine et les sites antiques sont répartis sur tout le territoire (CAG, n° 068, p. 145-148). Le castrum de Dalfino est cité en 1125 (Atlas, p. 173) et deux églises apparaissent en 1274, l’ecclesia de Dalfino et l’ecclesia Sancti Salvatoris juxta Delphinum (Pouillés, p. 116-117). Un certain Raimbaud de Dauphin est mentionné en 1120 et 1240 et paraît être proche du comte de Forcalquier puisqu’il est un de ses fidéjusseurs (RACP, n° 42, p. 124 et p. 407 et 408). L’église du castrum est dédiée à saint Martin et la paroisse a pour patron Notre-Dame de l’Assomption (Féraud, p. 335). La deuxième église, celle de Saint-Sauveur, semble correspondre à une ancienne communauté située sur la commune de Saint-Michel-l’Observatoire, dans un quartier qui porte encore le nom de Saint-Sauveur, près des Eyssautiers. Deux chapelles rurales sont régulièrement mentionnées lors des visites pastorales à partir de 1858, Notre-Dame de Chamberlay et Notre-Dame d’Ubage.

 

139. Le prieuré Notre-Dame de Chamberlay, première paroisse sur un site antique

 

800 mètres au nord du village, le site dit le Prieuré conserve le cimetière de la communauté et les débris d’un bâtiment, ancien prieuré de Notre-Dame de Chamberlay. Le site paraît avoir été occupé depuis l’Antiquité, réinvesti au haut Moyen Age jusqu’à la création d’un prieuré au XIe siècle qui assure la fonction paroissiale [1]. C’est ce que confirme la visite pastorale du 11 décembre 1867, il s’agit de l’ancienne église paroissiale, contigüe au cimetière. C’est pour cette raison que Notre Dame est la patronne de la paroisse, première protectrice de la communauté. Au XIXe siècle, ce prieuré n’apparaît pas sous le nom de Notre-Dame de Chamberlay, mais de Notre-Dame de Champ Prélié. La chapelle dite « rurale » est citée jusqu’en 1867, mais par la suite elle n’apparaît plus, signe de sa disparition. La CAG fait état dans le quartier d’un établissement antique, de monnaies de « haute époque », de « poteries wisigothiques ou médiévales » et de sarcophages. De plus, dans les déblais d’une ancienne chapelle, Notre-Dame de Chamberlay, face antérieure d’un sarcophage portant une épitaphe pouvant dater de l’époque carolingienne.

 

 

140. Notre-Dame d’Ubage

 

Elle est régulièrement citée au cours du XIXe siècle et figure en état sur les cartes modernes. Elle est située à 2 kil au sud-ouest du village dans le quartier du Plan de Notre-Dame. R. Collier nous fait découvrir son origine : la chapelle ND d’Ubage remonte à 1619 : le 18 mars de cette année-là, le conseil municipal décida la construction d’une chapelle, selon le vœu de l’évêque de Sisteron, l’église paroissiale étant trop petite. Vers 1669, la chapelle fut agrandie (p. 229). L’inventaire de 1906 nous donne sa contenance, 71 m² et soutient la date de 1757 comme celle de sa construction (sans doute des réparations). Il est probable que la construction de 1619 soit une reconstruction sur un édifice beaucoup plus ancien [2].

 

141. Le prieuré Saint-Patrice. Le domaine des Hospitaliers

 

Abbayes et prieurés cite un autre prieuré, celui de saint-Patrice et ajoute qu’il dépend du chapitre cathédral d’Alais (Alès). Aucun indice sur la carte de Cassini et les cartes modernes ne vient apporter la moindre réponse sur ce prieuré. L’Atlas Historique mentionne un prieuré dépendant de l’abbaye de Psalmody dans le Gard (carte n° 75). S’agit-il du même prieuré ? Damase Arbaud rapporte en 1883 la découverte d’une inscription dans une campagne ayant appartenu aux Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, non loin d’une chapelle dont il ne reste plus aucune trace. L’inscription est peut-être médiévale (Cité par la CAG, p. 147). Cette campagne avait été donnée aux Hospitaliers par le comte Bertran en 1168 parmi d’autres biens situés dans le diocèse de Sisteron [3].

 

Synthèse

 

Notre-Dame de Chamberlay offre toutes les caractéristiques d’une fondation carolingienne. Les indices sont relativement nombreux : ancienne paroisse, sarcophages et poteries.

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[1] Fondation en 1029 par l’abbaye de Psamody, sur un domaine gallo-romain, d’une église Sancte-Maria de Camerlayas. Fondation suite à la donation de Pons évêque de Glandèves et de son frère Aldebert de Saint-Maîme (Revue de la SLL, n° 369, 2012, p. 77).

[2] Voir également, PR, n° 23, 2000, p. 34-39 qui pense que la chapelle a été construite à l’emplacement où la tradition plaçait une ancienne chapelle depuis longtemps disparue.

[3] Cité par J.-P. Poly, La Provence et la société féodale, Paris, 1976, p. 342, note 164. Voir également Ruffi, p. 135.

 

Voir site Dignois