Daniel Thiery

Draix

 

DRAIX

 

Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Digne, aujourd’hui dans le canton de La Javie. Cette commune de 2304 hectares est située au NE de celle d’Archail à une altitude moyenne de 900 mètres. La première citation remonte avec le polyptique de 814 où parmi les biens de l’abbaye de Saint-Victor est recensée par E. Sauze une colonge à Travigio [1]. Nous y ajoutons personnellement deux autres colonges à Sinido, la Cine. Au début du XIIe siècle se créent deux fiefs, l’un à la Roche l’autre à Draix. Ils sont mentionnés en 1252, castrum de Roca et Drais (Enquêtes, n° 543, p. 354). Mais une seule église est citée au XIVe siècle, celle de Draix, avec un cappellanus de Draysio en 1351 ou de Dracio en 1376 (Pouillés, p. 256, 259). La grave crise des XIVe-XVe siècles va provoquer d’abord la réduction de plus de la moitié de la population et ensuite la suppression du castrum de la Roche qui va être réuni à celui de Draix. A la fin du XIVe siècle Draix devient une dépendance des Evêques de Digne [2]. L’église paroissiale, dans le village, est sous le titre de saint Pons avec comme patron saint Antoine. C’est ce que confirment l’évêque de Digne en 1677 et 1684 et Achard en 1787 [3]. Une seule chapelle rurale est mentionnée à partir du XVIIe siècle, mais une tradition rapportée par les habitants nous en fait découvrir peut-être deux autres.

 

155. La chapelle du cimetière

 

Un habitant du village et dont la famille habite depuis longtemps dans la commune nous a rapporté qu’il existait une chapelle près du cimetière situé au pied du village. Les pierres de l’édifice ont servi à construire quelques murs de maisons du village. Cette tradition orale n’est justifiée par aucun texte, mais n’est pas dénuée de fondement. Il pourrait s’agir de l’église pré castrale, située en milieu ouvert avec le cimetière. Est-ce cette chapelle qui, lors de la visite du 16 octobre 1844, est dite chapelle rurale en ruine ?

 

156. Le « couvent des Templiers »

 

C’est d’abord Achard qui relate que les fêtes de S. Pons et de S. Antoine se célèbrent avec un grand concours. La dernière qui se trouve en hiver, est moins bruyante ; mais celle de S. Pons qui a lieu le 11 du mois de mai, est plus célèbre. Les jeunes gens sous les armes accompagnent la procession à une demi-lieue du Village, et le soir il y a des danses, des jeux et des prix. C’est ensuite l’abbé Féraud qui ajoute que l’on trouve, sur une éminence au Levant, les ruines d’un ancien couvent que l’on attribue aux Templiers. Les décombres que l’on découvre autour des habitations, annoncent que ce pays s’est dépeuplé peu à peu, à la suite de quelque désastre occasionné par l’éboulement du terrain ou par les avalanches de la neige. Si l’on examine une carte IGN, à l’est de Draix, au levant pour Féraud, se rencontre le toponyme Défens de la Motte, vocable évocateur renvoyant aux premiers châteaux de l’an Mil. Mais il n’existe aucune ruine d’un ancien village, sinon celle d’un bâtiment nommé Pellet Ruines à la cote 874. Cette procession festive le jour de la fête patronale est indicatrice d’un premier habitat, à l’origine de la communauté. Quant au couvent des Templiers signalé par Féraud, friand de cet ordre qu’il rencontre trop souvent, on n’en possède aucune preuve.

 

157. La chapelle de la Rouine

 

Cette chapelle est toujours en place et son origine ne pose pas de problème. Le 11 janvier 1647 un acte du notaire Antoine Martin du Brusquet reçoit la résolution des habitants de Draix pour édifier une chapelle, sous le titre de La Visitation de Notre Dame, au forestage de la Rouine [4]. La construction est confirmée lors de la visite de l’évêque en 1684 : une chapelle au hameau de la Rouyne que les habitans ont fait bastir et entretiennent. L’enquête de 1899 ajoute que la chapelle rurale située au hameau de la Rouine sous le vocable de la Visitation existe depuis un temps immémorial ; n’a pour elle qu’un droit consacré par d’antiques coutumes. La messe et les vêpres y sont célébrées le 2 juillet ; la messe y est dite deux ou trois fois chaque année à la demande des habitants. La prière du soir y est faite pendant le carême sous la présidence d’une personne pieuse.

 

La chapelle est un petit bâtiment rectangulaire orienté au nord (10°). Il est surmonté d’un petit clocher mur avec une cloche. Les murs extérieurs sont enduits. Porte dont l’encadrement subsistant est formé d’un arc plein cintre à claveaux en tuf dont les queues ne sont pas appareillées. A l’intérieur il n’y a qu’une statue de la Vierge à l’Enfant saint-sulpicienne.

 

Synthèse

 

Il faudrait trouver d’autres indices pour justifier une première église qui aurait été élevée dans le cimetière au pied de la colline où se dresse le castrum. En ce cas, elle serait la première paroisse.

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[1] E. SAUZE, « Le polyptique de Wadalde. Problèmes de toponymie et de topographie provençale au IXe siècle », Provence Historique, janv-mars 1984, p. 17-21 et 23-33.CSV H 31 (Travigio) et H 10 et 13 (Sinido).

[2] ISNARD M.-Z. Etat documentaire et féodal de la Haute-Provence. Digne, 1913, p. 144-145.

[3] Visites pastorales de 1677 et 1684 (1 G 5).

[4] Texte collecté par Gisèle Bérard (ADAHP 2E 1315, f° 240 et 241).

 

Voir site Dignois