Daniel Thiery

La Javie

 

LA JAVIE

 

Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Digne, aujourd’hui chef-lieu de canton. La commune couvre 3727 hectares. Le village est implanté à quelques 800 mètres d’altitude au confluent de la Bléone et de l’Arigeol. Une large plaine s’étale sur la rive droite de la Bléone, favorable aux cultures fruitières. Mais cet avantage est contrarié par les débordements de la rivière et des ravins qui descendent de la montagne au nord. Le territoire a eu une réelle importance durant l’Antiquité et le haut Moyen Age. Il est probable qu’il a été le chef-lieu de la tribu des Galitae durant la période protohistorique, mais surtout et cela avec certitude qu’il a été le chef-manse de l’Ager Caladius, possession de Saint-Victor à partir du début du VIIIe siècle. Le vocable Chaudol représente l’avatar de ses origines antiques et médiévales [1].

 

Au XIe siècle, il existe deux communautés, celle de La Javie et celle de Chaudol. Cette dernière, qui réunit 26 feux en 1315, quelques 130 habitants, est jointe à la fin du XVe siècle à celle de La Javie, mais va cependant constituer une paroisse à part entière. Une autre commune, Esclangon, sera réunie à La Javie, plus tardivement, en 1973.

 

CHAUDOL

 

Voir site Dignois

210. Sainte-Colombe

 

Au XIe siècle, Chaudol fait partie du prieuré de Saint-Victor qui regroupe les églises de Chaudol, de La Javie et du Clucheret (commune de Beaujeu). Le siège du prieuré est à La Javie. C’est tout ce qui subsiste de l’immense domaine de l’Ager Caladius des VIIIe et IXe siècles. Le prieuré, cella de Caudol ou Caldol, est cité en 1079 en même temps que celui du Clucheret (CSV II, n° 843, p. 218). Mais on ne connaît pas sa titulature avant 1484 sous l’appelation locus de Chaudolo sive Sancta Columba (Isnard p. 142). C’est sous ce titre de Sainte-Colombe que Chaudol est cité par la suite lors des affouagements de 1698 et de 1728 accompagné de La Javie. Le curé de La Javie est secondé par un vicaire qui dessert Chaudol et Le Clucheret et Achard ajoute : le Prieuré est conféré par le Chapitre noble de S. Victor de Marseille et le Prieur nomme à la Cure. Il précise que le dernier jour de l’année, dédié à Ste Colombe est consacré à la fête du hameau de Chaudol. Lors de la visite de l’évêque en 1683, Sainte-Colombe a toujours le titre d’église, mais au XIXe siècle, elle est réduite à une simple chapelle rurale (visites de 1871 et de 1890). En bon état encore aujourd’hui, elle est jointe au cimetière de la communauté.

 

LA JAVIE

 

Voir site Dignois 

 

Le territoire dépend, on l’a vu, de Saint-Victor et est le siège du prieuré. Mais le chapitre de Digne est également présent. Il possède des biens à La Roche des seigneurs de La Javie et à Chaudol. Ces biens sont confirmés en 1180 par le pape Alexandre III (Isnard, p. 136). Le castrum de Gavesa apparaît encore en 1252 et c’est à cette date que l’on constate un péage sur les troupeaux d’ovins provenant de la région de Seyne et sur les bois flottés qui descendent la Bléone. Le comte de Provence en perçoit la moitié et une part sur trois (Enquête, n° 494, p. 346). Le capellanus de Gaveda est cité en 1351 et 1376 (Pouillés, p. 256 et 257). L’église est sous la titulature de Sainte Catherine selon l’évêque Le Tellier en 1683, sous celle de sainte Madeleine selon Achard avec comme patrone sainte Catherine. Pour Féraud, elle est dédiée à saint Jean-Baptiste et la fête patronale se fait à la sainte Madeleine, le 22 juillet. Aujourd’hui c’est Madeleine qui est la titulaire et Jean-Baptiste patron (Site Internet du diocèse). R. Collier donne l’inverse (p. 378). A quel saint se vouer ?

 

211. Chapelle Notre-Dame et la Roche des seigneurs

 

Si le prieuré de Saint-Victor devait se trouver quelque part dans le village actuel de La Javie, le castrum de Gaveda ou Gavesa est situé sur la colline qui domine le village, au confluent de la Bléone et de l’Arigéol. En 1069, Arbert de Mison et sa femme Gisla font don à Saint-Victor de la moitié du castellum de Gaveda (CSV II, n° 742, p. 90). Un château y est élevé ainsi qu’une église dédiée à Notre Dame. Achard, en 1788, reconnaît que l’on voit sur le sommet de la colline à laquelle le Village est adossé, les restes d’un Château que la tradition attribue aux Chevaliers du Temple. Féraud recopie textuellement, comme bien souvent, le texte de son prédécesseur : on voit sur le sommet de la colline à laquelle elle est adossée, les restes d’un château que la tradition attribue aux Chevaliers du Temple. Le castrum va être vite abandonné au profit de l’habitat dans la plaine, plus commode et l’église castrale va devenir une simple chapelle rurale. C’est sous ce titre qu’elle est citée en 1890, chapelle de la Sainte Vierge sur la colline Notre Dame, en mauvais état. En 1899, la chapelle rurale de Notre Dame, au-dessus de la Javie ; procession le 25 mars avec messe, vêpres et bénédiction des fruits de la terre. Aujourd’hui, le pèlerinage a lieu de lundi de Pâques.

 

212. Chapelle de la Visitation à la Bouisse

 

La Bouisse est composée de deux hameaux, Haute et Basse, auxquels il faut ajouter le hameau de la Bouze. Lors de l’affouagement de 1774 il y a deux maisons habitées au hameau de Bouze, et sept à celuy de la Bouisse (C 25). Ce n’est qu’en 1890 que l’on apprend qu’il existe une chapelle rurale à la Bouisse avec un cimetière et qu’elle est en mauvais état. C’est l’enquête sur les lieux de culte en 1899 qui nous renseigne sur sa titulature, la Visitation et qu’elle est à 7 kilomètres du chef-lieu. On y célèbre la messe et les vêpres le 2 juillet et pour la fête de S. Roch. Aujourd’hui, il ne subsiste que deux oratoires dédiés à saint Marc et à saint Jean à la Bouisse Basse.

 

ESCLANGON

 

Voir site Dignois

 

Jusqu’en 1973, Esclangon formait une commune à part entière. Son territoire de 1388 hectares n’offrait aux habitants que 6 % de terres agricoles, 2 % de pâtures et 92 % de terres incultes (cadastre de 1830). Aussi, il fut très peu peuplé, ne pouvant nourrir plus de 100 personnes, maximum atteint en 1851. Sclangone est cité par le polyptique de 814 avec trois exploitations dépendant de l’Ager Caladius aux mains de Saint-Victor.

 

213. Le Viel Esclangon

 

Esclangon ne réapparaît seulement qu’en 1252, castrum de Sclango (Enquêtes n° 540, p. 354) et l’église avec un cappellanus de Esclangon en 1351 (Pouillés, p. 256). Il faut situer cet ensemble non pas au village actuel, mais à ce qu’on apelle maintenant sur les cartes le Viel Esclangon. Le cadastre de 1829 appelle le lieu le Château qui forme d’ailleurs la section A avec un petit hameau dit le Château composé de quelques maisons. Casteau, selon la carte de Cassini, va être abandonné au profit d’un nouvel habitat situé plus au sud qui va reprendre le nom d’Esclangon avec une nouvelle église dédiée à saint André. Mais on ne sait à quelle époque a eu lieu ce tranfert d’habitat, peut-être au début du XVIe siècle après le long épisode de la peste et des guerres civiles. Aujourd’hui, il n’existe plus que des ruines et des lambeaux de murs du château.

 

Synthèse

 

Chaudol a été le centre de la villa qui porte son nom et dont les 80 exploitations s’étendaient dans toute la Haute-Bléone. L’emprise des moines de Saint-Victor s’est étendue au cours des VIIIe et IXe siècles. Il existait probablement une église durant cette période, celle de Saint-Damien, dite presbiterato Sancto Damiano de Caladio et qui était entretenue par les produits d’une bergerie sise à Casa Nova (CSV H 75). Il est probable que l’église Sainte-Colombe en soit le successeur. A la Javie on constate le déperchement de l’habitat, de la Roche-des-Seigneurs au village établi dans la plaine. La première église paroissiale devient alors une simple chapelle vers laquelle on se rend tous les ans en pèlerinage. Le même processus s’effectue à Esclangon.

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[1] Nous ne pouvons ici évoquer tous les textes concernant l’Ager Caladius, la plus grande possession victorine de Saint-Victor avec 80 exploitations en 814, depuis son origine au début du VIIIe siècle, usurpée lors des troubles de 737, puis restituée en 780, enfin complétement anéantie au Xe siècle lors des invasions musulmanes et des guerres intestines. Une partie du domaine est cependant rendue aux moines au XIe siècle. Sur ce sujet voir sur notre site La Haute Bléone.