Daniel Thiery

Limans

 

LIMANS

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Forcalquier. La commune est située immédiatement à l’ouest de celle de Forcalquier dans un milieu de collines et de plateaux. Elle était composée au Moyen Age de plusieurs communautés, Limans, Ségriès, Majargues et les Ybourgues. Ségriès et Majargues seront réunis à Limans au XVe siècle, les Ybourgues seulement en 1819. Limanos apparaît au XIe siècle, mais on ne connaît les différentes communautés qu’avec le Pouillé de 1274 qui cite : l’ecclesia Sancti Vincentii de Limans, le prior de Sagriers (Ségriès), l’ecclesia Sancti Petri de Marjaligues (Majargues) et le vicarius de Ybonicis (les Ybourgues), ce dernier n’étant cité qu’au XIVe siècle (GCN I, Inst. col. 472). L’église paroissiale de Limans a repris le patronage d’un prieuré portant le nom de saint Vincent.

 

218. Le prieuré Saint-Vincent

 

Saint-Vincent est au XIe siècle un prieuré dépendant du monastère de Carluc (Céreste) puis de l’abbaye de Montajour quand Carluc lui sera rattaché au début du XIIe siècle [1]. Il est situé à 900 mètres au NNE du village et il n’en reste plus aucune trace sinon le nom du lieu-dit St-Vincent. De ce prieuré proviendrait un ensemble de mobilier du haut Moyen Age, incorporé à l’intérieur de l’église paroissiale. Il consiste en une table d’autel et de trois panneaux décorés taillés dans le marbre. Classé MH cet ensemble peut être daté entre le VIe et le VIIIe siècle et indique la présence d’une église primitive qui serait la plus ancienne du diocèse de Sisteron (CAG, n° 104, p. 254-255).

 

219. Le prieuré Saint-Pierre de Majargues

 

La CAG (p. 255-256) décrit au lieu-dit Saint-Pierre situé à 2 km à l’ouest de Limans, un vaste éperon puissament fortifié de sept murailles éboulées, constituant un vaste oppidum ayant livré du matériel protohistorique et romain. Il abrite également les ruines d’une église médiévale. Il s’agit certainement de l’ecclesia Sancti Petri de Marjaligues citée en 1274. Le lieu-dit Majargues est situé 500 mètres au sud de l’oppidum et les archéologiques pensent qu’il recouvre le siège d’une villa gallo-romaine. Ici encore, nous découvrons un lieu de culte élevé sur un site antique.

 

220. Ségriès

 

Le terroir de Ségriès est situé au nord de la commune et comprend un habitat dispersé en fermes. C’est ce que révèle le cadastre de 1813, section A de Sigries, mais aucun nom de saint ne vient fournir la titulature de l’église de Sagriers desservie par un prieur et citée en 1274. On connaît le nom du prieur qui la desservait en 1287, Bertrand de Cruis (Obituaire, p. 64). La carte de Cassini est également muette. Le fief de Ségriès qui ne comportait que 20 habitants en 1315 n’a pas résisté aux fléaux des guerres et de la peste.

 

221. Les Ybourgues

 

Cette ancienne commune abritait plus de 150 habitants en 1315, mais n’a jamais pu retrouver ce chiffre avec seulement 31 habitants en 1765. Le rattachement à Limans était inévitable. Il eut lieu en 1819. C’est au XIVe siècle qu’est cité un vicarius de Ybonicis. Pour l’Atlas Historique, c’était un prieuré dépendant de l’abbaye de Cruis (carte n° 72) et pour l’abbé Féraud on y trouvait un ancien couvent de Bénédictins (p. 341). Comme pour celle de Ségriès nous n’avons pas la titulature de l’église paroissiale. L’inventaire du 13 mai 1906 reconnaît que l’église aux Ybourgues est en ruine et abandonnée, sol de 0,98. On ne la connaît que par le cadastre de 1813, Section F, parcelle 158, avec une abside en hémicycle orientée vers l’est.

 

Synthèse

 

L’ancien prieuré Saint-Vincent offre toutes les caractéristiques d’une fondation au moins carolingienne, sinon antérieure grâce au mobilier découvert dans sa ruine et heureusement préservé. Dans une moindre mesure le prieuré Saint-Pierre de Marjaligues semble succéder à une implantation antique sur un oppidum qui a pu abriter un castrum.

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[1] Provence Romane 2, par Guy Barruol, p. 188.

 

Voir site Dignois