Daniel Thiery

Lurs

 

LURS

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Peyruis. Cette commune de 2248 hectares est située au sud de celle de Ganagobie, sur la rive droite de la Durance. Elle était traversée par la voie domitienne et une station routière, mansio, était établie à Alaunium, actuellement Notre-Dame-des-Anges. Aussi, les traces d’occupation de l’époque romaine sont-elles très nombreuses (CAG, n° 106, p. 256-268). D’après le Livre vert, Charlemagne aurait fait don à Jean II, évêque de Sisteron (812-850) du domaine de Lurs (GCN I, col. 672). Au cours du XIe siècle, le domaine est usurpé par la comtesse de Provence, mais sous l’épiscopat de Gérard II, Adélaïde, fille de la comtesse, rend la moitié du château de Lurs, castrum de Luro (GCN I, col. 701 et Inst. XII, col. 449). Durant l’épiscopat de Rodolphe II (1216-1241), celui-ci accroît son domaine de Lurs (GCN I, col. 711). Domaine de l’évêque, l’église paroissiale est desservie par un capellanus (Pouillés, p. 120). Elle est sous le titre de l’Invention de la Sainte-Croix et est datée du XVIe siècle, qui est sans doute la date d’une reconstruction (Collier, p. 180). Plusieurs chapelles rurales apparaissent au XIXe siècle dont l’antiquité est remarquable [1].

 

222. Notre-Dame-des-Anges

 

Son premier nom était Notre-Dame d’Olon, ce terme étant une corruption d’Alaunium, vocable que l’on retrouve aujourd’hui dans le toponyme le Pied d’Aulun. L’ecclesia de Olonio ou ecclesia sancte Marie de Olonio est citée en 1174 quand l’évêque de Sisteron Bermond d’Anduze passe une transaction avec les Templiers au sujet de l’échange que l’évêque Pierre de Sabran (1145-1172) avait fait avec eux, en leur cédant Notre-Dame d’Olon à la place de La Brillane que la comtesse Adélaïde leur avait donné ((GCN I, col.717-708 et Inst. XVI, col. 451-452). Le domaine d’Olon revient alors à l’évêque (voir notice La Brillanne). Située à l’emplacement de la mansio antique, le site a livré quantité de témoins archéologiques et une partie de l’édifice fait partie d’une maison antique (Provence Romane 2, p. 237). C’est ce que suggère également l’enquête sur les lieux de culte de 1899 : Notre Dame des Anges, époque gallo-romaine, érigée en chapelle de secours en 1854. Messe tous les dimanches et grand’ messe avec pèlerinage le lundi de la Pentecôte et jour de la S. Clair. Les paroissiens de la commune voisine de Pierrerue s’y rendaient également à la seconde fête de Pentecôte. La chapelle est citée régulièrement lors des visites pastorales du XIXe siècle et est de toutes les chapelles la plus importante.

 

 

223. Notre-Dame du Plan

 

Si Notre-Dame-des-Anges est située au sud de la commune, Notre-Dame du Plan se dresse à l’opposé à l’ouest de la D 116 conduisant à Sigonce. Elle est sise en plein champ, sur une petite élévation au pied duquel passe un petit torrent. Elle est citée régulièrement en même temps que les autres chapelles rurales au cours du XIXe siècle. En 1899, le rédacteur la date du Moyen Age, chapelle érigée en chapelle de secours en 1860. R. Collier rapporte qu’elle menaçait ruine en 1850 et qu’on y fit de nombreuses réparations. Elle faisait l’objet d’un pèlerinage annuel qui se maintient de nos jours. Il la date de la fin du XIIe siècle (Collier p. 140 et Provence Romanes 2, p. 236). Cette chapelle, en milieu ouvert, peut faire partie de ces premières églises rurales bâties avant l’enchâtellement et même remonter à la période précédente. Elle fut le lieu de culte d’un prieuré clunisien et fait l’objet d’un pèlerinage annuel au début du mois de septembre (Elliot 1, p. 65).

 

224. Notre-Dame de Vie

 

Elle est élevée 500 mètres au nord du village sur une falaise rocheuse surplombant un abri sous-roche. Du village on y parvient en empruntant la Promenade des Evêques jalonnée par un Chemin de Croix du XIXe siècle. Elle a été érigée en 1552 et reconstruite en 1662. Un pèlerinage a lieu le 15 août (Elliot 1, p. 62).

 

225. Chapelle Saint-Michel

 

C’est la quatrième chapelle citée au XIXe siècle et en 1899 on y fait des célébrations de certaines solennités. Elle est située à 500 mètres au SSO de Lurs. La CAG signale sur le site de la chapelle la découverte de tegulae et de céramique antique et médiévale (p. 256).

 

226. Chapelle Saint-Martin

 

La campagne Saint-Martin est située à 1500 mètres au NNO du village. Cette (ancienne) église, qui sert aujourd’hui de grange, est un édifice roman à choeur plat, dont la fenêtre absidale, ornée d’un petit tympan décoratif, présente une disposition intéressante (XIIe siècle) ; elle est encore couverte de lauses (Provence Romane 2, p. 236). La CAG ajoute qu’à l’emplacement de l’église est signalé un site romain (p. 257). Encore un édifice, en milieu ouvert, pour desservir un habitat dispersé, sur un site antique, que l’on peut classer parmi les premières églises rurales. La chapelle n’est pas citée au XIXe siècle, signe de son abandon comme édifice cultuel, sans doute vendue lors de la Révolution et restée dans le domaine privé.

 

Synthèse

 

Notre-Dame des Anges est un haut lieu, investi dès l’Antiquité avec une mansio sur la voie romaine et une grande église avec clocher dont une partie repose sur un bâtiment romain. Sa sacralisation a dû s’effectuer très tôt, dès l’implantation du christianisme dans la région. Notre-Dame du Plan est un édifice plus modeste mais fait partie de ces édifices élevés en plein champ pour desservir une communauté dispersée. Saint-Michel et Saint-Martin sont bâtis sur des sites antiques et font partie également des premières églises rurales.

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[1] « Le patrimoine religieux de Lurs », Le Patrimoine religieux de la Haute Provence, Bull. de AESPRHP, n° 21, 1998, 99 pages. « Notre-Dame des Anges à Lurs », id, n° 21 bis, 1998, 106 pages.

 

Voir site Dignois